Salzbourg, entre janvier et septembre
Deux lieds allemands sur des poèmes de Jean Chrétien Gùnther, pour voix seule avec accompagnement de clavecin.
Le manuscrit du premier des deux lieds au musée de Linz ; celui du second est perdu.
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Une vieille inscription, sur une copie salzbourgeoise du premier de ces lieds, porte la date de 1772, et l'écriture du seul d'entre eux dont nous connaissions l'autographe concorde entièrement avec l'écriture habituelle de Mozart à cette date. Quant à la musique des deux petits lieds, il serait difficile d'en tirer aucune conclusion pour leur classement, étant données leur brièveté sommaire et l'absence d'autres œuvres analogues qui puissent servir de comparaison, durant toutes ces années de la jeunesse de Mozart.
Les strophes mises en musique par Mozart avaient pour auteur un vieux poète silésien mort depuis un demi-siècle, Jean-Chrétien Gùnther, dont Mozart n'aura sûrement connu que quelques morceaux reproduits dans des recueils plus récents. Le genre du lied paraît d'ailleurs n'avoir pénétré à Salzbourg que longtemps après le début de sa vogue à Berlin et à Vienne; et non seulement nous n'avons aucune preuve que Mozart s'y soit essayé entre son lied viennois de 1708, et ces deux petits airs de 1772, mais le caractère de ceux-ci semble même indiquer que le jeune homme au cours de ses années « italiennes », avait perdu tout contact avec le genre populaire allemand pratiqué autrefois dans son opérette de Bastien et Bastienne. Car il suffit de jeter un coup d'œil sur
ces deux lieds d'après Gûnther pour découvrir que leur coupe n'est pas celle de véritables lieds, toujours composés de deux phrases musicales distinctes, mais bien la coupe d'une cavatine ou aria italienne, avec une même phrase reprise deux fois, comme en deux couplets. Mozart, cependant, chaque fois, ne met en musique qu'un seul couplet du poème : et c'est au milieu de celui-ci, sous des paroles sans aucun rapport avec celles du début, qu'il reprend la même mélodie, légèrement variée. Dans le second des deux lieds, ces deux reprises du sujet sont même séparées par quatre mesures que l'on pourrait considérer comme un développement de sonate, amenant la rentrée.
Nous devons ajouter que ni pour l'invention mélodique, ni pour l'expression, ni naturellement pour la partie du clavecin. — car les deux lieds sont encore écrits sur deux lignes seulement, la main droite se bornant à doubler la voix, — ces petits morceaux improvisés ne sauraient avoir aucune importance : et c'est vraiment se moquer de Mozart (ou de nous) que d'affirmer, comme l'a fait Chrysander, que ces deux lieds marquent l'apogée de ce dont Mozart était capable lorsqu'il les a écrits, aussi bien en fait d'émotion que de mélodie.