XIV AVERTISSEMENT DES ACTEURS
mération de toutes celles des œuvres classées par Kœchel dans la partie de son catalogue correspondant à notre étude qui n'auront point figuré dans cette dernière, soit que nous les ayons reconnues pour apocryphes, ou qu'elles nous aient paru devoir être assignées à des périodes ultérieures de la carrière de Mozart.
Enfin, pour ce qui est de notre terminologie technique, nous nous bornerons ici à nous excuser de la signification, quelque peu abusive, prêtée par nous, dans l'ouvrage entier, au mot : développement . Ce mot ne devrait désigner proprement la partie seconde ou intermédiaire du « morceau de sonate » que lorsque cette partie a, en elîet, pour objet de « développer » les suje(s ou les rythmes de la partie précédente ; et il faudrait, évidemment, appeler d'un autre nom cette même partie intermédiaire lorsque, chez les maîtres italiens ou chez les imitateurs de leur style (y compris souvent le petit Mozart lui-même), la partie du morceau qui succède aux barres de reprise introduit des sujets ou des rythmes tout nouveaux, à la façon de la partie intermédiaire de l'air d'opéra italien. Mais le nom qui conviendrait aux cas de ce genre n'existe malheureusement pas, jusqu'ici, dans le vocabulaire musical français ; et, plutôt que de nous risquer à le créer de toutes pièces, nous avons préféré étendre le vieux mot de développement à toute partie intermédiaire d'un morceau, lorsque le morceau en contient une, et ne procède pas, aussitôt après les deux barres, à une rentrée ou repinse, plus ou moins variée, de la partie précédente. — Quant aux mots : rentrée, reprise, sujet, coda, imitation, etc., nous n'avons rien à en dire ici, nous étant constamment efforcé de ne les employer que dans leur acception parfaitement naturelle et normale.
chant qui, tout à l'heure, était confié à la main droite. La seconde partie de ce premier menuet est en outre, toujours d'après l'habitude italienne, beaucoup plus longue et plus importante que la première, sans cependant répéter celle-ci. Notons que Mozart, en inscrivant moderato audessus de ces menuets, nous montre encore par là, tout ensemble, qu'il se souvient de Schobert et qu'il entend donner à ses menuets presque la portée d'un andante dans la sonate allemande. Ajoutons que les deux menuets sont, eux aussi, tout semés d'indications de nuances, dolce, dolce assai. etc., et que le trio, avec ses modulations pathétiques et l'inquiétude maladive de son rythme, forme un contraste saisissant avec la pure et légère beauté du premier menuet.
Le rondo qui suit est fait exactement de la même manière que ceux des sonates précédentes, mais peut-être les dépasse-t-il tous en merveilleuse unité d'expression et de vie. Des chants toujours .nouveaux se déroulent sur des rythmes toujours semblables, avec des imitations du violon qui sont comme des refrains d'oiseaux répondant à d'autres. Puis, tout à coup, vers la fin, le ton et l'expression du rondo changent brusquement. Le violon et la main droite du piano élèvent tour à tour un gémissement sourd, que suit un passage chromatique d'un sentiment douloureux, pour ramener encore, et plus longuement, la figure angoissée du début de l'intermède. Précédemment, déjà, le rythme joyeux du rondo avait été traversé soudain de petits épisodes en tons mineurs : mais à présent c'est comme si un orage imprévu était venu arrêter ce merveilleux élan. Après quoi, non moins brusquement, celuici recommence, pour se déployer désormais jusqu'à la fin du morceau, avec toute sorte d'allongements et d'ornementations du rythme infiniment heureux du refrain, pour finir, pifl/iîssi?no, par une ritournelle tirée encore de ce même refrain, et répétant quatre fois ses premières notes.
Ainsi cette sonate, la dernière sans doute de celles que Mozart a conçues et écrites en Italie, nous laisse l'impression exquise d'un poème de joie claire et chantante, après le grand lamcnto qu'a été la sonate en mi mineur. Et, du reste, la série tout entière de ces sonates italiennes constitue, dans l'œuvre de Mozart, une fleur unique, à la fois étrange et merveilleuse, dont il ne nous arrivera plus de retrouver le parfum qu'à de rares instants des périodes qui vont suivre.