‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 20 sur 178 · Versailles ou Paris, janvier · texte numérisé non relu

Versailles ou Paris, janvier

Sonate en sol, pour le clavecin, pouvant être jouée avec l'accompagnement d'un violon.

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Allegro Spiriioso. — Andante (en ut). — Menuetto 1 et Menuetto II (en sol mineur).

Mozart, dans cet adagio de sa sonate, fait un emploi fréquent du procédé connu sous le nom de tempo rubalo, et consistant à faire jouer l'une des mains en croches ou doubles croches, tandis que l'autre l'accompagne en triolets. La susdite sonate en ré de Schobert était toute remplie de passages de ce genre. 1. Notons à ce propos que Mozart, dans ses sonates de Paris comme ensuite

14 QUÀTRIÈMB PÉRIODE

Cette sonate est la dernière des quatre que Mo2art a publiées pendant son premier séjour en France. L'enfant et son père ont suivi, pour cette publication, l'exemple de Schobert qui avait imaginé de publier ses sonates par petits recueils de deux, au lieu du traditionnel recueil de six; et la sonate présente formait le second morceau du second recueil, dédié à Mme de Tessé.

La différence d'allure est si marquée entre cette sonate et la précédente, en réy qu'un certain espace de temps doit s'être écoulé entre la composition de l'une et de l'autre. Nous sommes portés à croire que le n" 12 a été écrit tout de suite avant le l" février, où nous savons que « les quatre sonates étaient déjà chez le graveur ». Mais si grand que l'on suppose cet intervalle dans la composition des deux sonates, la sonate en sol ne nous en fournit pas moins une preuve saisissante de la rapidité prodigieuse avec laquelle le cerveau et le cœur de l'enfant s'adaptaient à des influences sans cesse renouvelées. Car si cette sonate, dans sa forme extérieure, ressemble entièrement à la précédente, elle en diffère autant que possible par l'esprit et le caractère profond. Dans la sonate en ré, sous l'imitation constante de l'art de Schobert, l'inspiration mélodique restait encore tout allemande, se traduisant en longues périodes unies entre elles par un lien intime ; ici, l'inspiration est toute française et se traduit par de petites phrases courtes et nettes, contrastées ou simplement juxtaposées. Si la sonate ne portait plus le nom de Mozart, rien absolument n'empêcherait de la croire écrite par Schobert, ou quelque autre claveciniste français de la même école. Aussi bien, à ce point de vue, est-elle un cas unique dans toute l'œuvre de Mozart.

Le premier morceau est fait, comme dans la sonate en 7'é. de trois sujets distincts suivis d'une ritournelle: mais les trois sujets sont plus brefs, d'un rythme plus accentué, et tous trois apparaissent directement imités du style de Schobert, comme aussi le très long développement qui précède la rentrée du premier sujet dans le ton principal. Ce développement, d'une étendue inaccoutumée chez Mozart, est fait lui-même de deux parties, suivant un type familier à Schobert : une série de reprises modulées du premier sujet et une figure toute nouvelle, déjà mieux appropriée au piano qu'à l'ancien clavecin*. La reprise, ensuite,

dans celles de Londres, recommence à intituler ses menuets menue^^opn'mo (ou menuetto I) et menuetto seconde (ou menuetlo II), tandis que nous l'avons vu naguère, dans son n° 6, sans doute sous l'influence de l'école viennoise, adopter déjà pour son second menuet la qualification de trio. Détail curieux, c'est encore sous le nom de irio que Léopold Mozart, dans sa lettre du 5 décembre 1764, continue à désigner le second menuet de l'une des sonates de son fils.

i. Ce développement entr'ouvre pour nous, de la façon la plus intéressante, un coin de l'àme du petit Mozart. II faut savoir que Schobert, entre autres innovations qu'il ne cessait point d'introduire dans ses sonates, avait imaginé récemment de commencer ses rentrées en mineur. C'est ainsi que, dans sa sonate en fa de mars 1764, le premier sujet, après le développement, reparaissait en fa mineur; procédé que Clementi, à peu près seul entre les musiciens à venir, devait emprunter au maître parisien. Or le petit Mozarf, évidemment, aurait bien aimé à pouvoir, lui aussi, reprendre en sol mineur le premier sujet de son allegro,

reproduit presque entièrement la première partie, sauf de légères variations après l'exposé du premier sujet.

Et ce caractère tout schobertien est plus marqué encore dans Yandante, qui, très court, n'en comporte pas moins, lui aussi, trois sujets, ou même cinq, si l'on compte les deux phrases nouvelles du développement. En outre, la fréquence des unissons et des modulations expressives, l'opposition constante du rythme et de la mélodie, le redoublement de certaines figures pianistiques, tout cela vient directement de Schobert ; et l'on retrouverait même textuellement, dans les sonates de celui-ci, certaines phrases de cet andante, en particulier la première phrase du développement. Ajoutons que, après ce développement, la rentrée reproduit la première partie presque note pour note.

Un trait bien caractéristique dans les deux premiers morceaux de cette sonate est l'importance singulière de la partie de la main gauche : et c'est encore un signe de la manière dont l'enfant s'imprégnait, chaque jour plus à fond, de l'œuvre de Schobert. Enfln le menuet, qui est un chef-d'œuvre, et certainement le plus beau des menuets de l'enfance de Mozart, achève de mettre en relief la double influence de Schobert et du goût français. Ce menuet, très étendu, est la partie la plus mélodique de toute la sonate : avec ses triolets, avec la continuité de sa phrase musicale et de son accompagnement, c'est une véritable ariette, plus française, peut-être, que les plus charmants menuets de Schobert lui-même. Le second menuet, en sol mineur, est plus court et moins important : il n'est fait que d'une série de modulations, et formerait un accompagnement délicieux pour un chant de violon : mais le fait est que la partie de violon ne comporte aucune trace d'un tel chant, de même que celle des autres morceaux de la sonate. Et cette partie de violon, dans toute la sonate, est si insignifiante, se borne si constamment à suivre l'une des deux autres parties, que nous sommes convaincus que c'est ici la première œuvre où Mozart, à l'exemple de Schobert, ait ajouté à sa musique de clavecin un accompagnement de violon.

C'est d'ailleurs dans le second menuet de cette sonate que, comme nous l'apprend une lettre de Léopold Mozart en décembre 1764, l'enfant avait montré son inexpérience en « faisant se succéder trois quintes dans la partie de violon » : ce qui achève de prouver que cette partie de violon a été l'une des premières qu'ait écrites le petit Mozart. La succession des quintes figurait au début même du menuet : elle a été remplacée, dans les éditions ultérieures, par une succession de sixtes.

mais sans doute il redoutait la désapprobation de son père, dont nous savons à la fois lo profond respect pour les règles el l'aniraosité un peu sotte à l'égard de Schobert. Si bien que l'enfapt, partagé entre son désir et sa crainte, s'est avisé d'un expédient curieux : au lieu d'opérer sa véritable rentrée en mineur, il a fait précéder celle-ci d'une fausse rentrée, où nous voyons reparaître exactement son premier sujet, mais [.transposé en sol mineur; et puis, après un nouveau trait de clavecin, il a procédé ft la véritable rentrée susdite, cette fols en majeur.

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