Chelsea ou Londres, entre août et novembre
Sonate en sol, pour le clavecin, avec accompagnement libre d'un violon ou (l'une flûte et d'un violoncelle.
Ms. perdu.
Andante
Amiante. — Allegro, [avec un menuelto en sol mineur, suivi d'un da capo).
Cette sonate est la seconde de la série des six sonates publiées à Londres. Ici, déjà, la distribution des morceaux nous montre l'enfant s'affranchissant de ses habitudes précédentes pour adopter celles de Chrétien Bach et des Italiens : deux morceaux seulement, d'abord un andante, puis un allegro final. Et la nouveauté des influences subies par Mozart apparaît mieux encore quand on examine les détails de la composition.
L'andante initial, assez court, ne comporte qu'un seul sujet, dont le rythme fait songer à celui des grands menuets mélodiques de Schobert : après les deux barres, un petit développement libre amène une rentrée du sujet, un peu variée, mais surtout abrégée. Le style de cet andante a quelque chose d'archaïque qui se ressent vivement des vieilles sonates italiennes : on n'y trouve plus aucune trace de la basse d'Alberti, et l'on rencontre çà et là, au contraire, de petites imitations ou d'autres effets faciles de contrepoint comme les aimaient les Galuppi et les Paradisi.
Quant à Vallegro suivant, c'est un morceau d'une coupe très originale, et où apparaît déjà pleinement la verve juvénile de Mozart. Les seuls modèles à qui l'on puisse comparer ce morceau sont les rondeaux tels que les pratiquait Chrétien Bach, et qui consistaient dans l'accouplement de deux petites pièces différentes, l'une majeure et l'autre mineure, d'importance et d'étendue à peu près égales, avec une reprise complète de la première après la seconde. Cependant le final de Mozart présente cette particularité que non seulement toute la première pièce (à l'exception d'un très court épisode mineur) n'est qu'une série de variations d'une même idée, mais que la seconde pièce, elle-même, tout en étant un me/iuef chantant à la manière de Schobert, a pour thème une transposition mineure de l'unique sujet de la première pièce. Nous voyons ici un témoignage nouveau de ce besoin profond et extraordinaire d'unité artistique qui a toujours été peut-être, entre toutes les qualités de Mozart, à la fois la plus constante et la plus personnelle. D'instinct, devant toutes les formes qui se présentaient à lui, enfant, adolescent, ou homme mûr, il éprouvait le désir d'y mettre plus d'ordre, et ainsi de lumière, de les ramener à un plan d'ensemble plus harmonieux.
Pour l'exécution, aussi, ce finale est infiniment supérieur à Vandante précédent. On y trouve de curieux effets de basse, à la façon de Schobert, et, dans le menuet mineur, des recherches harmoniques déjà très heureuses. Enfin la partie de violon, souvent encore insignifiante, comporte de jolies imitations en canon dans tout le menuet mineur.