Chelsea ou Londres, août à novembre
Sonate en ut, pour le clavecin, avec l'accompagnement libre d'un violon ou d'une flûte et d'un violoncelle.
Ms. perdu.
Allegro
Allegro. — Allegro. — Menuetlo 1 et Menuetlo II (en fa), en carillon.
Le morceau le plus intéressant de cette sonate, étrangement composée de trois morceaux dans le même ton, est le second allegro dont nous allons parler tout à l'heure. Ce second allegro en ut, à la fois par son ton et par son caractère, nous apparaît comme ayant été destiné d'abord à servir de finale, et ce n'est sans doute que plus tard que l'enfant, pour étoffer son recueil, aura ajouté à sa sonate en deux morceaux (sur le modèle de celles de Bach et d'Abel) un double menuet.
Le premier morceau est encore tout à fait dans le style des sonates parisiennes : on y trouve plusieurs idées, mais entremêlées, et bien différentes des deux sujets distincts des sonates de Bach et d'Abel. Après les deux barres vient un développement régulier sur la première
idée, et puis le premier sujet et toute la première partie du morceau sont repris dans.le ton principal presque sans changement. Le morceau, s'il ne date pas de Paris, doit avoir été l'un des premiers que l'enfant ait composés à Londres.
Pareillement les deux menuets ont un caractère français très marqué. Le premier, avec son rythme chantant (qui fait penser à l'un des menuets du ballet d'Orphée) et avec sa reprise totale du premier sujet, pourrait parfaitement porter la signature de Schobert; et quant au second, en carillon, ce n'est que chez les vieux clavecinistes français que Mozart a pu trouver le modèle de ce petit morceau, d'ailleurs bien enfantin, et dont toute la particularité consiste à n'employer, à la main droite, que les notes les plus hautes du clavecin.
Reste le second allegro, qui, très simple, est d'un entrain, d'une gaité, et d'une lumière déjà très caractéristiques de Mozart. Ce morceau doit nous arrêter un moment, car nous y trouvons le premier emploi, fait par Mozart, de l'un des genres favoris de la musique « galante » du temps, le rondo.
Le rondo, ou plutôt les rondeaux : car, ici comme dans tous les autres genres, l'enfant avait alors à choisir entre deux types différents et opposés dont l'un, qui allait prévaloir bientôt après chez Mozart et les musiciens allemands, pourrait être appelé le rondo allemand, tandis que l'autre, plus spécialement français, s'appelait d'abord, au pluriel, rondeaux. La différence de ces deux types était, au reste, si nette, que nous n'aurons pas de peine à la définir. Dans le rondo allemand, tel que nous allons le retrouver plus tard chez Mozart, le sujet principal, répété plusieurs fois dans le même ton (et, en principe, invariable), précède et suit toute sorte d'autres petits sujets musicaux, qui s'intercalent entre ses reprises comme des épisodes. Au contraire, dans le type français, le morceau consiste en deux parties d'étendue et d'importance égales, un majeur et un mineur, qui se juxtaposent comme deux rondos du type précédent, avec un da capo du premier après l'exécution du second. Le finale de la sonate n" 20 nous a montré un essai du rondo allemand, avec cette particularité que tous les épisodes, sauf un, étaient des variations du sujet principal ; le présent allegro du n°21 nous fait voir l'enfant «'essayant dans l'autre type, qu'il a rencontré déjà souvent à Paris, mais qu'il a surtout trouvé constamment employé, à Londres, par Chrétien Bach. L'allégro consiste en deux morceaux distincts ((jui cependant ne sont pas séparés par des barres de reprise, comme chez Bach) : un morceau majeur, et un morceau mineur assez étendu, n'ayant aucun rapport avec le précédent, après quoi le morceau majeur est repris da capo '.
Or, ces deux types de rondos étaient employés concurremment par Chrétien Bach ; ainsi dans son recueil de sonates op. V, le finale de la b» sonate, en mi majeur, est un véritable rondo allemand, avec un petit sujet se reproduisant quatre fois, et intercalant, entre ses reprises, d'autres petits sujets différents: mais, chez Chrétien Bach comme dans
1. Au reste, le finale de la sonate n» 19 était déjà fait, ainsi, de deux rondeaux, distincts, mais dont le second, en mineur, avait le même thème que le premier. Ici, les deux morceaux sont entièrement difTérents.
les premières œuvres de Mozart, les morceaux de ce genre ne portent point de titre, et ce sont seulement les morceaux de l'autre type, avec une juxtaposition de deux pièces égales, qui portent expressément la mention de rondeaux, ou rondeau, ou simplement rondo. Mozart, lui, n'emploie pas même le titre de rondeau pour ce second type, et ce n'est que l'année suivante, dans une de ses sonates de La Haye, que nous le verrons intitulant son morceau : rondo.
Dans la musique française que l'enfant a connue à Paris, le premier des deux types ci-dessus ne portait pas, non plus, le nom de rondo, mais il était éminemment populaire sous le nom de pot-pourri ; et nous aurons l'occasion de parler des règles de ce genre lorsque, à La Haye, l'enfant composera son Galimatias Musicum.