La Haye, janvier
Air en la, pour soprano, Conservati fedele, avec accompagnement de deux violons, alto, violoncelle et contrebasse.
Ms. de L6op. Mozart à Munich.
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La date de cet air nous est donnée par une copie autographe, à la Bibliothèque de Munich, en tête de laquelle Léopold Mozart a écrit : « A La Haye, 1766, nel janaro. » L'autographe original, qui a malheureusement disparu depuis 1887, mais dont nous possédons une transcription exacte, ne portait que le nom de Wolfgang Mozart*.
L'air est composé sur des paroles de l'Artasersede Métastase. La princesse Mandane y dit à son fils : « Garde toi fidèle ! Pense que je reste et spuffre ; et, quelquefois au moins, souviens-toi de moi ! » Puis, dans la seconde partie : « Et moi, â force d'amour, parlant avec mon cœur, je m'entretiendrai avec toi ! » Ces paroles avaient été mises en musique par une foule de compositeurs: mais la version la plus remarquable qui en ait été faite avant celle de Mozart est ccrtainemont celle du vieux liasse dans son Artaserse de 1730; et, encore que Mozart ne doive pas avoir connu cet air de liasse, celui-ci n'en est pas moins très curieux à étudier, si l'on veut se rendre compte de l'énorme changement que trente ans avaient amené dans la conception et l'exécution d'un air d'opéra.
Par sa coupe générale, l'air nouveau de Mozart ressemble absolument
1. C'est d'ailleurs bien à tort que l'on s'est imaginé voir, dans cet autographe perdu, une version primitive de l'air sensiblement, différente de la rédaction ultérieure que nous présente le manuscrit de Munich. Kn fait, ce dernier est une simple transcription au net, par Mozart, de l"air dont l'autographe perdu contenait le premier brouillon ; et l'unique dilïérence réelle entre le brouillon et la mise au net consiste en ce que, dans cette dernière, l'enfant a allongé et développé les deux cadences finales, sans doute pour satisfaire au désir du chanteur.
au n° 26 : prélude instrumental exposant le sujet et donnant la ritournelle, énoncé du sujet par la voix aboutissant à une cadence en mi; reprise très variée du même sujet en mi aboutissant à une grande cadence en la ; ritournelle ; seconde partie de l'air, en la mineur, très courte et un peu récitative; puis reprise, complète et sans changement, de la première partie. Cette coupe est si constante, dans toute la série des premiers airs de Mozart, que nous ne nous arrêterons plus à la décrire, et nous bornerons simplement à signaler les quelques airs où elle se trouvera plus ou moins modifiée. Mais, sous l'identité de la forme extérieure, l'air de La Haye diffère très sensiblementde celui de Londres. D'abord, l'accompagnement y est beaucoup plus simple, à la fois moins nombreux et d'un travail musical moins ambitieux: en fait, sauf dans la seconde partie, l'orchestre se borne à un accompagnement très discret du chant: évidemment, Mozart, en quittant ses amis les instrumentistes de Londres, est retombé sous rinfluencc directe de l'opéra italien. D'autre part, le chant, dans cet air, est déjà d'une expression bien plus pénétrante, et d'un caractère plus proprement vocal, avec des traits et des cadences appropriés le mieux du monde à la couleur générale du morceau. Avec sa douceur tendre et discrète, cet air est déjà tout plein du génie poétique de Mozart. Quant à la seconde partie, en la mineur, ses quelques mesures produisent un effet pathétique d'autant plus fort que l'accompagnement, ici, est traité en contrepoint, avec des imitations très simples, mais créant comme une atmosphère passionnée sur laquelle se dessine la plainte du chant.