‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 49 sur 178 · Londres ou La Haye, entre avril 1765 et avril · texte numérisé non relu

Londres ou La Haye, entre avril 1765 et avril

Trois sonates pour clavecin de Jean-Chrétien Bach, en ré, en sol, et en mi bémol, arrangées en concertos de clavecin, avec accompagnement de deux violons et basse (chiffrée).

Ms. aut. à Berlin.

Les trois sonates que le petit Mozart a ainsi arrangées en concertos de clavecin, en y ajoutant, pour chaque morceau, un petit prélude d'instruments à cordes, et en faisant ensuite doubler à ses instruments tels passages du chant ou de l'accompagnement, sont précisément empruntées à ce recueil op. V de sonates de Bach qui a dû paraître au moment où le petit Mozart venait de quitter Londres, et dont nous avons vu que l'enfant l'avait eu sûrement sous les yeux pendant toute la durée de son séjour en Hollande. Les trois sonates forment les n°» 2, 3 et 4 du recueil; et une seule d'entre elles, la première, comporte trois morceaux; mais autant un concerto en deux morceaux allait devenir, dans la suite, contraire aux habitudes de Mozart, autant l'idée devait lui en paraître naturelle à Londres ou à La Haye, car Chrétien Bach lui-même, dès ce moment, ne mettait guère que deux morceaux aussi bien dans ses concertos que dans ses sonates.

On a pensé que l'enfant avait fait ces arrangements par manière d'exercice, pour étudier le style du concerto; mais il n'y avait pas de style qui lui fût plus familier, la destinée l'ayant condamne à jouer des concertos presque dès le berceau ; et il suffît de jeter un coup d'œil, à la Bibliothèque de Berlin, sur la partition inédite de ces arrangements pour comprendre que Mozart ne les a point faits avec la pensée de s'exercer à la composition. Le fait est qu'on ne saurait imaginer un travail plus rudimentaire. Avant chacun des grands morceaux, les deux violons et la basse exposent une première fois, dans le ton principal, le premier et le second sujet de la sonate ; après quoi c'est celle-ci qui commence, et se déroule tout entière devant nous, telle qu'elle est chez Bach, sauf pour les violons à intervenir de temps à autre par de petites figures absolument insignifiantes. Ce n'est pas ainsi que Mozart aurait procédé, s'il avait voulu se livrer à un travail d'études musicales. Mais la vérité est que ses arrangements des sonates de Bach n'ont pas eu, pour lui, d'autre objet que de lui permettre de jouer ces sonates dans des concerts publics, où il sentait qu'il devait se conformer dorénavant & l'usage des clavecinistes, et jouer des concertos, au lieu des sonates que, en sa qualité de prodige, il avait jouées jusqu'alors. C'est donc h

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la veille d'une tournée de concerts que Mozart aura imaginé ce moyen de joindre à son petit répertoire de concertos allemands des œuvres nouvelles; et le caractère des ouvrages choisis par lui, aussi bien que la pauvreté de l'élaboration, nous empêchent d'admettre que ces arrangements puissent avoir été faits en vue du voyage de Vienne de 1768, — pour lequel nous savons, au contraire, que Mozart a arrangé en concertos une nombreuse série de morceaux de sonates de Schobert, d'Honnauer, et d'autres compositeurs parisiens {n°* 48 et 51-53), — ou, à plus forte raison, du voyage italien de illO. C'est tout de suite après avoir connu les sonates de Bach, à Londres ou à La Haye, que l'enfant, dans son enthousiasme pour elles, se sera mis à les adapter en concertos ; et probablement il aura joué ces adaptations à Paris, durant son second séjour, à Dijon, à Lyon, dans tous les endroits où nous savons qu'il a donné des concerts « avec tous les instruments » *.

1. Chose curieuse, Mozart doit avoir continué longtemps â jouer, dans ses concerts, ces pauvres adaptations des Sonates de son cher maître et ami Chrétien Bach : car, M. Malherbe possède l'autographe d'une cadence composée pour la première d'entre elles, et l'écriture de ce précieux autographe semble indiquer une date bien postérieure à celle où ont dû être faites les adaptations elles-mêmes, — infiniment rudimentaires en comparaison des numéros 48, 51-53, qui sont datées du milieu de 1767.

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