‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 6 sur 178 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

génie de Mozart. Après avoir réparti les diverses compositions de celui-ci suivant les genres divers où elles se rattachaient, il a exploré en bloc chacun des groupes ainsi obtenus, et puis ne s'est plus occupé que d'y introduire un classement « scolaire », à la façon d'un professeur qui, ayant reçu de ses élèves une vingtaine de « devoirs » sur un même sujet, se croirait tenu d'établir entre eux un ordre de mérite. Tout au plus a-t-il, pour la commodité de son travail, comparé et jugé séparément les œuvres de la jeunesse de Mozart et celles de sa pleine maturité, en employant du reste à l'analyse de ces deux catégories les mômes principes et le même critère, la même méthode de scrupuleux pédagogue chargé d'assigner des « places » à des écoliers. Qu'il analyse, — dans le premier volume de l'édition nouvelle de son livre, — les symphonies produites par Mozart durant sa formation, entre 1171 et 1777, ou bien, dans le volume suivant, les symphonies de la grande période allant de 1782 à 1791, toujours il les juge seulement du point de vue d'une certaine beauté absolue dont il s'est d'avance défini les règles, et avec Tunique souci de nous signaler, dans des œuvres issues d'inspirations infiniment différentes, les passages qui lui paraissent répondre le plus complètement à ce modèle immuable. Et ainsi l'art et le génie de Mozart, entre ses mains, se dépouillent inévitablenient de toute personnalité et de toute vie : pareils à d'admirables cadavres sur lesquels un « prosecteur » d'une science exemplaire se livrerait à une démonstration anatomique plus ou moins instructive.

Si bien que mon collaborateur et moi avons eu, littéralement, tout à faire lorsque, il y a environ dix ans, nous avons formé le projet de reconstituer le développement intérieur du génie de Mozart, avec l'espérance d'atteindre ainsi l'âme et la vie véritables du maître, par delà le détail, tout anecdotique, des menus incidents de son existence individuelle. Nous nous sommes trouvés là sur un terrain entièrement neuf, et où, seule, pouvait nous guider une étude très minutieuse de l'œuvre du maître, rangée selon l'ordre des dates de sa composition. Mais aussitôt un autre problème s'est dressé devant nous, dont je puis bien dire que la solution nous a demandé maintes années de longues et patientes recherches. Car force nous a été de constater, dès le début de notre enquête, qu'une ignorance des plus fâcheuses régnait encore sur ce classement chronologique d'une bonne partie de l'œuvre de Mozart, — tout au moins jusqu'à

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