INTRODUCTION VII
Tannée 1784, où l'on sait que le maître a commencé lui-môme un catalogue complet de tous les morceaux qu'il composait.
Nous avions bien sous les yeux un gros ouvrage qui, avec tous les défauts que je vais devoir y signaler, n'en restera pas moins toujours, — tout de même que la biographie d'Otto Jahn, — un monument admirable de conscience et de zèle : le Catalogue thématique et chronologique de l'œuvre complète de Mozart, publié en 1862 par le naturaliste autrichien Ludwig Kœchel. Morceau par morceau, toutes les productions de Mozart étaient énumérées là, avec l'indication du papier et du format de leurs autographes, ainsi que celle de leurs diverses éditions ultérieures. Mais il nous a malheureusement suffi de jeter les yeux sur quelques-uns des morceaux non datés de l'œuvre du maître pour nous apercevoir de la façon toute arbitraire, et presque toujours erronée, dont ils étaient classés dans ce livre de Kœchel. Evidemment celui-ci, déjà trop occupé d'avoir à interroger les « dehors » de ces morceaux, n'a jamais eu le loisir d'en étudier le « dedans », c'est-à-dire à la fois l'inspiration intime et les procédés musicaux. Se liant aveuglément, sur ce point, à l'autorité d'Otto Jahn, qui lui-même a sûrement négligé d'examiner avec le soin nécessaire une foule de ces compositions de l'enfance et de la jeunesse de Mozart, à chaque instant il est arrivé à Kœchel de se tromper sur des faits relativement assez graves, — soit qu'il attribuât certaines œuvres à des périodes de la vie du maître où elles ne pouvaient pas appartenir, ou bien encore qu'il ne sût pas reconnaître, dans ces mômes œuvres, les liens très étroits qui les apparentaient à d'autres compositions authcntiquement datées. Il n'y a pas jusqu'aux conclusions pouvant ôtre tirées de l'écriture matérielle des morceaux, du format de leur papier, de la qualité de leur encre, etc., auxquelles ce géologue trop méfiant de soi-même n'ait omis d'attacher l'importance qu'elles auraient dû avoir à ses yeux : ne se faisant pas faute, par exemple, de ranger dans une môme période des morceaux écrits par Mozart sur des papiers de formats différents, et notoirement employés par lui à des époques différentes de sa vie.
Aussi n'avions-nous absolument, pour nous diriger dans notre étude « biographique » de l'œuvre de Mozart, — surtout pendant la longue et importante période de la jeunesse du maître, — rien que cette œuvre elle-même, telle que nous la révélait