‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 61 sur 178 · Salzbourg, juillet · texte numérisé non relu

Salzbourg, juillet

Adaptation en concerto de trois morceaux de sonates françaises {y allegro maestoso étant arrangé d'après le premier morceau de la première sonate de l'op. Il de Leontzi Honnauer, et Yandante d'après un morceau qui formait, à lui seul, la quatrième sonate de l'op. I d'Eckard). Clavecin solo avec accompagnement de deux violons, alto, deux hautbois, deux cors, deux trompettes et basse.

Ms. aut. à Berlin.

Allegro maestoso

Allegro maestoso [en ré). — Andante [en la). — Presto (e7i ré)

L'autographe de cette partition est, comme celui du concerto précédent, presque entièrement écrit de la main du père, au moins pour ce qui concerne les soli du clavecin ; et, cette fois encore, c'est Léopold lui-même qui a inscrit en tête de cet autographe la mention in Julio 1767. Nous avons suffisamment expliqué déjà, à propos des n° 48 bis etSi, les motifs qui interdisent tout à fait de considérer ces quatre partitions de Berlin comme des concertos originaux de Mozart; et nous avons dit aussi de quelle manière l'enfant, probablement en vue de son voyage à Vienne, avait imaginé d'arranger en une série de concertos divers morceaux de clavecin empruntés par lui à des sonates françaises. Pour ce qui est notamment du concerto en ré, Vallégro maestoso est une simple adaptation en concerto du premier morceau de la sonate initiale de l'op. II de ce Leontzi Honnauer à qui Mozart avait emprunté déjà le finale de son concerto en fa, en attendant que, dans le dernier concerto de la série, il allât jusqu'à lui prendre au moins deux des trois morceaux.

Quant à Vandante, cet innocent morceau formait, à lui seul, sous le nom d'andantino, tout le contenu de la quatrième sonate de ce « I^' œuvre » de Jcan-Godefroid Eckard dont nous avons vu que l'enfant le connaissait dès son séjour à Bruxelles, au mois d'octobre 1763. C'est là, croyons-nous, le seul emprunt fait à Eckard, pour la « sélection » qu'ont été, en réalité, ces quatre concertos de 1767 ; et la chose se comprend sans peine, malgré l'admiration respectueuse communiquée jadis par Grimm à Léopold Mozart envers le claveciniste augsbourgeois, si nous songeons à l'incompatibilité profonde et invincible du génie mélodique de Wolfgang avec le talent tout rocailleux d'Eckard, chez qui la pauvreté de l'invention mélodique était poussée à un degré extraordinaire.

Reste donc seulement le finale, très rapide et animé, avec la coupe binaire de l'ancienne sonate italienne. C'est peut-être, des quatre finales

NEUVIEMB PBRIODB

qui terminent les arrangements de 1767, le seul qui possède vraiment un certain intérêt musical ; un rythme unique y est sans cesse varié et modulé sous des figures diverses, avec de remarquables effets de basse, des échanges du chant entre les deux mains, et, après les deux barres (ingénument recopiées par Mozart dans sa transcription), une montée expressive du plus bel effet. Avec cela, impossible de mettre un nom défini de claveciniste parisien sur ce morceau, où se retrouve, encore plus fortement que dans tous les autres, l'écho du vieux style classique des maîtres italiens. S'agirait-il ici d'une composition de ce Legrand dont nous avons toujours vainement tâché à découvrir les divers recueils? En tout cas, le morceau n'est ni de Schobert, ni de Honnauer» ni de Raupach, et moins encore du petit Mozart.

Telle est donc la composition de ce troisième concerto, où il semble d'ailleurs que le travail d'arrangement du petit Mozart trahisse un peu moins d'entrain, et comme une ombre de lassitude. Aussi ne dironsnous rien des tutti, qui se bornent à exposer textuellement des sujets ou des ritournelles qui vont reparaître dans les soli ; et, pour ce qui est de ces derniers, nous ne voyons pas que Mozart ait, désormais, introduit dans le texte d'Honnauer ou d'Eckard aucun de ces menus changements que nous a révélés, dans le concerto précédent, la comparaison de Vandante adapté en concerto avec le morceau original de la sonate de Schobert.

Notons seulement encore que Mozart, pour renforcer ses tutti, a ajouté deux trompettes à son orchestre habituel. Aussi bien, ce que nous avons dû avouer du relâchement de l'attention de l'enfant n'empêche-t-il pas l'instrumentation des tutti, dans ce troisième concerto, de nous révéler un nouveau progrès au point de vue de la sûreté et de l'habileté professionnelle du petit Mozart.

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