‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 8 sur 178 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

l'admirable édition critique publiée naguère par la maison Breitkopf. Elle seule pouvait nous permettre de classer, d'après l'ordre authentique de leurs dates, toutes les compositions de Mozart, grandes et petites : sauf pour nous à tirer également un parti des plus précieux des renseignements que nous fournissait, à ce point de vue, l'examen du papier et de l'écriture des divers autographes. J'ajouterai d'ailleurs que, malgré tout le temps qu'il nous a demandé, ce classement chronologique nous a été beaucoup plus facile que nous l'avions supposé d'abord, plus facile et aboutissant à des résultats d'une certitude plus entière : car nous n'avons pas tardé à découvrir, — ainsi que je le disais tout à l'heure, — que l'âme prodigieusement souple et mobile du maître s'est toujours librement abandonnée à l'impulsion, plus ou moins fortuite, de son goût du moment, si bien que toujours, tout au long de sa vie, Mozart s'est complu à adopter, à employer exclusivement, et puis à écarter de son horizon non seulement telle ou telle coupe particulière, tel ou tel procédé d'expression musicale, mais encore jusqu'à telle ou telle manière de concevoir l'objet même et la beauté de son art. Aussitôt qu'un changement se produisait dans les idées du jeune homme, — et nul artiste, peut-être, n'a connu un plus grand nombre de ces révolutions intérieures, — aussitôt toutes ses œuvres, pendant une durée plus ou moins considérable, portaient la trace de ce changement, au point de nous présenter, parfois, une allure et un style tout contraires de ceux que nous offraient ses œuvres précédentes. Moins que nul autre génie créateur, celui-là n'était apte à mener de front deux idéals différents, deux manières différentes de réaliser le même idéal. A chacun de ses goûts nouveaux il se livrait sans réserve, s'obstinant à reproduire, jusque dans les genres les plus variés, un certain tour de pensée ou un certain mode d' « écriture » définis, jusqu'au jour où, sous l'influence de sa propre lassitude ou de la rencontre d'un modèle nouveau, tout vestige de ces signes caractéristiques disparaissait à jamais de sa production. D'où, pour son biographe, une facilité extrême à reconstituer dans son œuvre, — à l'aide des quelques compositions d'une date indiscutable, — ces nombreuses étapes successives de sa perpétuelle formation et transformation artistique.

Mais on entend bien que ce classement de son œuvre et la fixation des principales périodes de sa vie de créateur ne cons-

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