‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 73 sur 178 · Viejine, été de 1768 (avant le mois d'août · texte numérisé non relu

Viejine, été de 1768 (avant le mois d'août

Lied en fa : An die Freude, pour soprano avec accompagnement de clavecin (paroles de J -F Uz).

K 53 Ms. perdu.

Massiff

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Ce petit lied a été publié dans le supplément musical du numéro d'août 1768 d'un journal viennois, la Neue Sammlung zum Vergniigen und Unterricht de H. Graeffer. On n'en possède pas le manuscrit, mais seulement une copie ancienne avec l'inscription : « Ce lied, comme celui de Daphne, deine Rosenwangea (n° 65), a été composé à Vienne par M. Mozart, âgé de 12 ans. 0

Le genre du lied, qui commençait à devenir très populaire en Allemagne, se distinguait beaucoup plus encore du genre de l'aïr qu'il devait s'en distinguer quelques années plus tard. Expressément destiné à rinlimité, il réduisait autant que possible le rôle de l'accompagnement; et ce n'est que longtemps après, dans les dernières années de sa vie, que Mozart va écrire ses lieds sur trois lignes, avec une partie supérieure de piano différente du chant. Dans son lied n*» 64, comme dans les suivants, comme dans les lieds contemporains de Joseph Haydn,

d'Emmanuel Bach, de Hiller, etc., il n'y a que deux lignes, dont l'une porte le chant, tandis que l'autre donne la basse de l'accompagnement sauf pour le claveciniste, ou le chanteur lui-même, à enrichir et à développer l'accompagnement dans la mesure de ses moyens. En outre, le lied avait pour privilège essentiel d'être libre dans sa forme, sans avoir à observer aucune des règles qui régissaient tous les autres genres musicaux. Non seulement l'auteur ne devait pas s'inquiéter de faire des reprises à tel moment donné, mais l'usage était de ne faire aucune reprise, dans le couplet, et de varier celui-ci jusqu'au bout, en se conformant au sens des paroles. Encore cette adaptation de la musique au sens des paroles ne pouvait-elle être que très générale et superficielle, puisque chaque lied comportait un certain nombre de couplets dont chacun devait être chanté sur la musique du premier d'entre eux. Ce n'est en effet que très tard, vers le même temps pu il réalisera l'accompagnement de ses lieds, que Mozart commencera à en traiter séparément les divers couplets, — ce que les Allemands appellent durchkomponiercn, — de façon à pouvoir vraiment traduire l'expression des paroles. Enfin à cette simplicité de coupe et de forme extérieure le lied joignait une simplicité pareille d'écriture musicale : il n'admettait aucun des ornements de l'air, et ne consentait qu'exceptionnellement à la répétition des mêmes paroles. Volontiers il prenait une allure populaire, affirmant cette allure jusque dans l'emploi de termes allemands, au lieu des termes italiens habituels, pour désigner les mouvements : ainsi Mozart, dans l'air n° 64, remplace : moderato par le mot allemand mcissig.

Quant aux modèles que l'enfanta pu connaître et imiter en 1768, nous aurions peine à les déterminer exactement : mais il suffit de parcourir les journaux littéraires et mondains du temps, par exemple celui où a paru l'air n° 64, pour y trouver, dans les suppléments musicaux, une foule de lieds d'une forme et d'un caractère tout semblables à ceux du premier lied de Mozart.

Celui-ci est composé sur un long poème en sept couplets du poète Uz, où la joie est célébrée avec une emphase aujourd'hui bien démodée ; et certes l'enfant ne pouvait guère chercher à traduire d'un peu près des paroles comme celles-ci, qui commencent le premier couplet : « 0 joie, reine des sages, qui, avec des fleurs autour de leur tête, te louent sur leurs lyres d'or, tranquilles lorque la méchanceté sévit, écoute-moi du haut de ton trône, etc ! » Aussi la musique du lied n'a-t-elle aucune signification spéciale, ni surtout aucun rapport avec cette pompeuse invocation. C'est un petit chant très simple, très doux, et déjà très « mozartien », se poursuivant jusqu'à la fin du couplet sans aucune reprise des mêmes phrases, mais avec une frappante unité d'inspiration comme d'expression. Nous avons vu déjà, d'ailleurs, que le petit Mozart, dès son arrivée à Vienne en octobre 1767, avait eu l'occasion de s'exercer dans le genre du lied, lorsqu'il avait composé la petite complainte en duo n° 58 sur la mort de la princesse Josepha. Tout ce que nous disons ici de la coupe et du caractère du lied nous est apparu, en germe, dans ce naïf duo.

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