‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 76 sur 178 · VI. Agnus Dei : adagio (en mi mineur, et allegro · texte numérisé non relu

VI. Agnus Dei : adagio (en mi mineur, et allegro

Cette messe n'est pas, comme on l'a cru longtemps, celle que Mozart à fait exécuter à Vienne, en présence de la Cour : car celle-ci était une messe solennelle avec quatre trompettes. Mais l'autographe affirme que cette messe a été composée à Vienne en 1768 ; et le catalogue du père la mentionne, après la grande messe solennelle, parmi les œuvres déjà composées à la fin de 1768. Ce catalogue étant rédigé, au moins approximativement, suivant l'ordre chronologique, tout porte à croire que la messe en so/ aura même été composée après la grande messe du 7 décembre, qui d'ailleurs semble bien irrémédiablement perdue.

La petite messe n° 67 est proprement la première œuvre de musique religieuse que nous ayons de Mozart. Dans son grand voyage, l'enfant a assisté déj à aux progrès de la « laïcisation » de la musique d'église ; et les trois compositions religieuses que nous avons étudiées précédemment nous le montrent s'adaplant, lui aussi, à la mode nouvelle. Cette mode a pour caractère principal l'introduction, à l'église, de l'esprit et des procédés de la musique profane, telle qu'elle venait alors de se constituer sous la double forme de l'opéra et de la sonate. Non seulement les compositeurs religieux, désormais, humanisent la dévotion et en assimilent les sentiments à ceux qu'exprime le théâtre; ils tendent aussi, de plus en plus, à employer à l'église les mêmes procédés qu'au théâtre et au concert. Le rôle de l'orchestre, notamment, grandit et devient plus libre; le contrepoint, quand il subsiste, se détache nettement du reste de la contexture musicale, au lieu den constituer la base constante, comme autrefois; les passages fugues alternent avec léchant homophone, et tendent de plus en plus à n'intervenir que de loin en loin ; enfînies morceaux acquièrent plus de suite etd'unité, avec une tendance marquée, ici encore, à se rapprocher de la coupe classique de la sonate.

Telle est la musique religieuse qui, à la date où nous sommes, est en train d'envahir l'Europe ; et Mozart, qui l'a déjà connue durant son voyage, va bientôt la retrouver, et s'y adonner entièrement. Mais à Salzbourg, et sans doute aussi à Vienne, en 1768, cette musique nouvelle ne s'est pas encore installée. Les compositeurs d'église continuent à pratiquer un style qui n'est plus, en vérité, celui des maîtres anciens, mais qui se rattache encore à celui-là, aussi bien par son caractère général que par ses procédés. Et la messe de 1768 nous prouve que Mozart, provisoirement, est revenu à cette conception de la musique religieuse, à la conception désormais surannée que s'en faisaient les Eberlin, les Adlgasser, et Léopold Mozart lui-même.

Des divers traits distinctifs de la musique nouvelle que nous venons d'indiquer, aucun ne nous apparaît dans cette petite messe. L'orchestre, sauf dans quelques passages du Gloria et du Sanctus, se borne à doubler les voix. Chaque partie de la messe est composée de petits morceaux séparés, sans aucune trace de la coupe régulière d'un morceau de sonate. Le contrepoint ne se détache pas des passages homophones, à la manière d'un épisode, mais se montre sans cesse, tantôt sous la forme d'une petite fugue, tantôt sous celle d'entrées en canon, et tantôt, le plus souvent, sous la forme de réponses et d'imitations d'une voix à l'autre. Enfin toute la messe, à l'exception peut-être d'un solo de basse, dans le Credo et du Dona nobis pacem de l'Agnus, s'efforce de conserver un caractère religieux très marqué, et nous laisse encore apercevoir des traces des vieilles traditions de la Renaissance.

Telle est cette première messe de Mozart, au point de vue de son intention. Si nous la considérons ensuite au point de vue de la réalisation, elle nous apparaît, manifestement, comme l'œuvre d'un enfant : le souffle y est court, et souvent même la main assez maladroite. Mais avec tout cela, le génie de Mozart se découvre à nous dans la façon dont les très simples moyens employés s'approprient à l'expression des sentiments, très simples aussi, qu'ils servent à traduire. Les passagespathétiques, surtout, l'invocation du Kyrie, le recueillement de VEt incarnatus est et du Cruci/irus, la prière douloureuse deVAgnus Dei, c'est surtout dans cette partie, plus sentimentale, de la messe que l'enfant parvient à affirmer son originalité.

Le Kyrie n'a pas d'indication de mouvement : mais le point d'orgue de la cinquième mesure et le changement de rythme attestent qu'il s'agit d'un petit prélude lent suivi d'un mouvement plus rapide. Cependant, tout le Kyrie va d'une seule traite, sans aucun épisode ni aucune reprise. L'orchestre ne fait que doubler les voix, qui chantent toujours ensemble, soit en réponses ou en petites imitations. Dans le Gloria, qui débute tout de suite par VEt in terra pax, l'orchestre accompagne d'abord le chant d'un trait des violons ; mais bientôt il se borne à le doubler ; et le chant, comme dans le Kyrie, se poursuit jusqu'au bout du morceau, sans aucune reprise d'un même motif. Ici, cependant, on trouve déjà des oppositions de soli et de tutti, et les passages en contrepoint commencent à se détacher des passages homophones. Le Cum sancto Spiiitu final est fait d'une entrée en canon, mais aussitôt arrêtée, et encore très faible. Le Credo, lui, est composé de petits morceaux, avec plusieurs entrées en canon et, à la fin, un petit fugato, assez pauvre, mais

dont le thème est évidemment inspiré des fugues de Hœndel. UEt incarnatus et le Crucifixus sont d'un mouvement adagio avec un accompagnement qui double léchant en croches. Le chant, ici, est plus homophone que dans le reste du morceau, mais d'une modulation continue et très expressive. Enfin VEt in Spiritum sanctum est un solo de basse, mais encore d'un caractère assez archaïque.

Dans le Sanctus, après quelques mesures d'un chant accompagné d'une figure des violons, Mozart introduitunHosarma en contrepoint qu'il répète ensuite avant le Benedicius, et, une troisième fois, après celui-ci. Le Pleni sunt est une sorte de duo entre le soprano seul et le chœur ; le Benedictus, un solo partagé entre deux voix, et suivi d'un petit chœur en contrepoint : tout cela toujours plutôt doublé qu'accompagné par l'orchestre.

Enfin l'Agnus Dei est coupé en deux parties : un très bel adagio en mi mineur, qui, par l'émotion et la pureté recueillie de sa modulation, fait vraiment penser déjà aux plus profondes invocations religieuses de la maturité de Mozart et où l'orchestre double les voix en croches comme dans le Credo, et un Dona nabis, en sol majeur qui, avec son accompagnement libre et son caractère chantant, est, de toute la messe, le morceau qui se rapproche le plus de la musique nouvelle que Mozart a connue dans son voyage et qu'il va bientôt pratiquer dans ses messes.

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