‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 78 sur 178 · Vienne, été ou hiver de · texte numérisé non relu

Vienne, été ou hiver de

Menuet en ré, pour deux violons, deux cors et basse.

Ms. perdu.

Ce menuet de vingt-huit mesures n'a jamais été publié et nous est inconnu. Il paraît d'ailleurs n'être qu'une esquisse, ne portant ni titre ni désignation des divers instruments. Mais non seulement Kcechel, qui a vu l'autographe, affirme qu'au point de vue de l'écriture le menuet lui a paru dater de 1768 : le rythme des premièi'es mesures, tel que nous le montre son catalogue, avec ses grands écarts des violons, ressemble si fort à celui du menuet de la symphonie précédente que, sûrement, le morceau aura été composé très peu de temps avant ou après cette symphonie.

(l*^*^ JANVIER-12 DÉCEMBRE 1769)

Dans une lettre de Vienne, que nous n'avons citée qu'incomplètement, Léopold Mozart, à la date du 11 mai 1768, transcrit d'abord quelques passages d'une lettre que l'un de ses protecteurs vient de recevoir d'un chambellan de l'archevêque de Salzbourg, — lettre écrite en italien, — ce qui prouve combien l'usage de cette langue devait être familier à la cour salzbourgeoise. Nous y lisons ceci : « L'archevêque consent très volontiers à ce que le sieur Mozart reste absent de Salzbourg autant qu'il lui plaira : mais, à l'avenir, lorsqu'il sera absent, il ne touchera plus son salaire accoutumé, tout en conservant son emploi, comme par le passé. » A quoi Léopold Mozart ajoute : « Voyez un peu quelle faveur ! Ainsi je vais pouvoir désormais rester absent à mon gré, pourvu seulement que je ne demande pas à être payé ! Et de cela, au fond, je suis très content. Du moins, je vais pouvoir maintenant prolonger mon séjour au dehors sans avoir à craindre de nouveaux reproches. » En vérité, le frère de l'archevêque lui promet que, s'il le veut, on lui fera obtenir, à Salzbourg, un supplément de travail et de gages : mais il ne veut rien de tel. « Au contraire, je me réjouis d'une décision qui va me faciliter d'obtenir l'autorisation pour un voyage en Italie : voyage qui, lorsque l'on pèse toutes les circonstances, ne peut plus guère être retardé, sans compter que je vais avoir, delà part de l'empereur lui-même, toute sorte de recommandations pour les provinces impériales de l'Italie comme aussi pour Florence et Naples. Ou bien, peut-être, préfère-ton que je croupisse à Salzbourg, aspirant vainement à un sort meilleur ; veut-on que Wolfgang grandisse, et que mes enfants et moi nous laissions conduire par le nez jusqu'à ce qu'arrive un moment où je ne serai plus en état de voyager, et où Wolfgang atteindra un âge et une taille qui ôteront à ses talents leur ■caractère merveilleux ? Ne convient-il pas que mon fils, après avoir

échoué dans le premier pas qu'il a fait avec son opéra de Vienne, poursuive aussitôt, d'une allure énergique, la voie qui s'ouvre, toute large, devant lui ? »

Ainsi Léopold Mozart, dès le milieu de 1768, avait expressément résolu de conduire son fils en Italie. Il voulait l'y conduire, surtout pour l'exhiber une fois de plus, et pour profiter de ce que « ses talents avaient de merveilleux » ; mais il ne faut pas oublier non plus sa lettre de la fin de 1766, où il déclarait « que Wolfgang avait encore beaucoup à apprendre » et exprimait son intention de ne rien négliger pour rendre parfaite l'éducation professionnelle et générale de l'enfant. En réalité, nous pouvons l'affirmer, le véritable objet du voyage d'Italie n'a pas été autant le désir d'exhiber l'enfant-prodige que celui de procurer à Wolfgang ce complément d'instruction qui, suivant les idées d'alors, ne pouvait être obtenu que par un séjour plus ou moins long dans les grandes villes italiennes. Et par là nous nous expliquons ce fait bien certain que, durant l'année qui a précédé le départ pour l'Italie, l'enfant, toujours conseillé et dirigé par son père, se soit moins préoccupé de se préparer au voyage que de poursuivre sa formation de compositeur, en mettant à profit les leçons rapportées de Vienne.

Cette année passée à Salzbourg paraît, d'ailleurs, avoir été employée très activement. L'archevêque, d'abord, qui dès cette année 1769 a nommé l'enfant « Maître de concert de la Cour », n'a point manqué de vouloir connaître les œuvres produites par Mozart à Vienne : probablement ses deux messes, et sûrement ses deux opéras. La Finta Semplice a été solennellement représentée sur la petite scène de la Cour salzbourgeoise, avec une interprétation dont le détail nous a été conservé ; et nous savons aussi que Mozart a songé à faire jouer, sur la même scène, son opéra-comique allemand, enrichi de récitatifs nouveaux dont nous aurons à parler. En outre, dès son retour, l'enfant a eu à écrire une nouvelle messe, et les circonstances lui ont fourni l'occasion d'en écrire une autre encore, beaucoup plus importante, au mois d'octobre de la même année. D'autre part, bien que nous ne connaissions, en fait d'œuvrcs symphoniques datant de cette période, qu'une seule cassalion, une lettre écrite par Mozart de Bologne, le 4 août 1770, nous apprend qu'il a composé, avant son départ, toute une série d'ouvrages du même genre, aujourd'hui perdus. Pour la Cour, pour l'Université, sans doute pour de riches particuliers, il a eu à écrire maints ouvrages nouveaux, ou peut-être simplement à faire exécuter des ouvrages déjà écrits antérieurement.

Et bien que l'année 1769 soit une de celles, dans toute la carrière de Mozart, qui nous aient laissé le moins de documents authentiques, le peu qui nous en reste suffit pour nous permettre de nous représenter assez exactement l'état d'esprit et les progrès de l'enfant

durant cette période de transition entre deux des événements les plus considérables de sa vie.

D'une façon générale, nous pouvons dire que Mozart, en 1769, a surtout continué de s'avancer dans les voies qui s'étaient ouvertes à lui l'année précédente. Il avait rapporté de Vienne tant d'impressions nouvelles, et des impressions qui répondaient si bien à son génie propre, que la perspective du prochain départ pour l'Italie ne l'a pas empêché de se maintenir, en quelque sorte, sous le charme des œuvres et des styles que son séjour à Vienne lui avait révélés. C'est ainsi que dans sa cassation et dans l'accompagnement instrumental de ses deux messes, nous allons le voir conservant à la fois les idées et les procédés que nous ont montrés ses œuvres de l'année précédente. Non seulement il va demeurer fidèle à la coupe allemande des morceaux, avec développements et rentrées dans le ton principal, avec des sujets multiples et non séparés les uns des autres, mais nous y retrouverons les mêmes rythmes et les mêmes procédés, à peine un peu modifiés sous l'influence amollissante de l'atmosphère salzbourgeoise. Et si, dans la seconde de ses deux messes de 1769, le style est déjà plus italien et plus « moderne » tout ensemble que dans sa messe de Vienne, sous l'action du goût italien qui règne désormais sans mélange à la chapelle archiépiscopale, l'inspiration profonde n'en est pas moins celle que nous présentent les œuvres viennoises, c'est-à-dire tout allemande, et plus instrumentale que proprement vocale.

C'est dans sa cassation en sol, dans ses deux messes n" 70 et n* 75, dans sa licenza n° 73, voire dans les petits menuets à danser n* 71, dans des œuvres certainement composées à Salzbourg en 1769, que nous devons chercher à connaître ce qu'a été Mozart durant cette année : et toutes ces œuvres s'accordent à nous le montrer méditant et approfondissant les leçons naguère apprises à Vienne, de telle sorte que la période de 1769 pourrait, sans trop d'inconvénients, être rattachée à la précédente.

Mais cette période, si elle ne nous offre aucun élément bien nouveau, n'en a pas moins été extrêmement utilo pour la formation du génie de Mozart. Il a été excellent que, au sortir de son séjour à Vienne, Mozart ait encore passé une autre année à Salzbourg, avant d'entreprendre son voyage d'Italie. Celte période de recueillement, en effet, l'a empêché d'oublier à jamais ses leçons de Vienne sous l'action, toute différente et même opposée, du milieu musical italien où il allait avoir à vivre, presque sans interruption, pendant plus de deux ans. Si Mozart, malgré tous les changements que nous verrons s'accomplir en lui pendant son séjour h Milan et à Rome, s'il n'est pas devenu un simple italianisant, si toujours sa musique a gardé la forte et profonde saveur allemande qui lui est propre, c'est grâce à l'intervalle d'une année qui a séparé son départ de Vienne de son

installation en Italie. L'enfant, grâce à cet intervalle, a eu le loisir de s'assimiler l'esprit et le style de la musique allemande, telle que l'incarnaient alors excellemment les symphonistes viennois ; et désormais aucune autre influence ne devait plus parvenir à effacer de son cœur la vive empreinte que ces maîtres y avaient laissée.

Page 1