‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 79 sur 178 · Salzbourg, \^ janvier · texte numérisé non relu

Salzbourg, \^ janvier

Missa brevis en ré mineur, pour quatre voix, deux violons, basse et orgue.

Ms. à Berlin.

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I. Kyrie : Adagio et allegro. — II. Gloria : Allegro moderato. — III. Credo : Allegro moderato, adagio alla brève {Et incarnatus) et allegro moderato. — IV. Sanctus : Adagio et allegro (Pleni sunt). — V. Benedictus en sol mineur, et Hosanna en ré mineur. — VI. Agnus Dei : Andante et allegro (Dona nobis).

Cette messe (dont la date est inscrite sur l'autographe) a été écrite à. très peu de distance de la précédente n^ 67, et, dans l'ensemble, relève encore des mêmes principes. Mais déjà maints signes y annoncent que Mozart va bientôt se laisser séduire par la conception nouvelle de la musique religieuse. Les morceaux sont encore faits de passages séparés, suivant le texte de proche en proche, sans aucun effort à leur donner l'unité factice des morceaux de sonate : mais déjà, constamment, l'orchestre accompagne le chant au lieu de le doubler, les passages en contrepoint se détachent des passages homophones, et l'élément mondain tend à apparaître, sous la forme de soli, de figures mélodiques dans le chant ou dans l'accompagnement. Au point de vue du métier, le progrès est très sensible ; au point de vue de l'expression, cette petite messe n'a plus la touchante et profonde simplicité de certains morceaux de la précédente.

Nous ignorons, malheureusement, dans quelles circonstances a été composée cette seconde messe : mais le choix, tout à fait inaccoutumé, d'une tonalité mineure qui s'y trouve maintenue à travers toute la messe, ferait supposer que Mozart a expressément voulu donner à celleci un caractère de sombre solennité correspondant à une destination spéciale, telle qu'un anniversaire funèbre.

Le Kyrie, comme dans la messe précédente, est fait d'un prélude lent et d'un morceau allegro. Mais, dans le prélude, les voix chantent à découvert ; et dans la suite du morceau, au contraire, le rôle de l'or-

chestre est sensiblement plus marqué. Il y a aussi, au milieu du Kyrie^ une opposition de soli et de chœurs; et l'ensemble du morceau a un caractère à la fois plus homophone et plus chantant. Ajoutons que, déjà, ce Kyrie commence a être composé en morceau de sonate, avec une rentrée régulière du premier sujet, treize mesures avant la fin.

Dans le Gloria, les violons font un accompagnement très important, poursuivi à travers tout le morceau, parfois même en contrepoint. Le chant est formé d'une alternative de soli et de tutti comme aussi d'une alternative d'homophonie et de contrepoint. Le Cum sancto Spiritu est un petit fugato dont le thème, comme ceux des fugatos de la messe précédente, parait bien avoir été emprunté à quelque maître ancien.

Dans le Credo, le passage pathétique de Vincarnatus et du Crucifxxus commençant en fa majeur est plus court que dans la messe précédente, et son principal intérêt consiste dans l'accompagnement des deux violons, qui poursuit un rythme constant, ici encore, à travers tout le morceau. Les paroles du texte qui suivent VEt in Spiritum sont réparties entre les quatre voix, en un contrepoint plus libre et plus original que celui du fugato, assez faible, qui termine le Credo.

Ajoutons que, dans ce fugato, l'orchestre se borne encore à doubler lesvoix : mais, au contraire, dans tout le reste de Vallegro moderato du Credo, les deux violons, l'orgue et la basse dessinent au-dessus du chant un accompagnement libre qui, parfois, contribue très habilement à soutenir les voix, et puis, de nouveau, recommencent à y ajouter des figures indépendantes.

Le Sanctus, très resserré, a un bel accompagnement des deux violons. Le morceau débute par un adagio, malheureusement trop court, où les quatre voix étagent leur chant, en contrepoint libre, avec une grandeur et solennité remarquable. Dans l'a/Zegro suivant, un trait imprévu des basses, à l'unisson de l'orgue, nous est un témoignage touchant de l'inexpérience de l'enfant. Le Benedictus qui suit, en sol mineur, après avoir été refait plusieurs fois par Mozart, est devenu certainement le morceau le plus intéressant de toute la messe. C'est d'ailleurs chose infiniment probable que, sous sa forme définitive, le Benedictus a été composé plusieurs années après le reste de la messe, sans doute pour une exécution ultérieure, ce qui explique la différence de son style. Il consiste en un duo de soprano et d'alto, très librement accompagné, et d'abord très contrepointé, mais cependant avec une allure concertante qui n'a déjà plus rien de commun avec le système suivi par Mozart dans sa première messe et dans presque tous les morceaux de cette messe-ci. A ce Benedictus, comme dans la messe précédente, succède une reprise de VHosanna. Enfin l'Agnus Dei, coupé comme celui de la messe précédente, diffère de celui-ci par la liberté de son accompagnement, encore que cet accompagnement des violons, avec sa figure continue, rappelant à la fois l'accompagnement du Benedictun et celui d'un heSiU Kyrie en contrepoint de 1771, n*> 107, puisse bien, lui aussi, n'avoir été introduit là que pour une exécution ultérieure. Le Dona nobis, avec ses traits de chant, achève de nous faire prévoir le grand changement qui va se produire, dès la messe suivante, dans la musique religieuse de Mozart.

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