‹ W.-A. Mozart (volume 2)Chapitre 88 sur 178 · Sur cette influence de Sammartini, voyez encore p · texte numérisé non relu

Sur cette influence de Sammartini, voyez encore p

boralion symphonique que nous ont fait voir ses œuvres des périodes précédentes, pour devenir, en échange, plus mélodiques et d'une grâce plus chantante. Les sujets se multiplient, les contrastes s'accentuent, les répétitions de phrases, — pratique abandonnée depuis deux ans, — tendent à reparaître, le rôle des instruments à vent s'atténue, le contrepoint se réduit à de petites imitations épisodiques ; et sans cesse nous apercevons des traces directes de l'influence de l'opéra italien, que ce soit dans l'opposition des nuances du chant ou dans l'allongement des cadences finales. Et, pour agréables que soient les œuvres instrumentales de cette période et des deux suivantes, incontestablement elles marquent un temps d'arrêt, ou plutôt un recul, dans le développement du génie de Mozart': à moins de supposer, — ce qui d'ailleurs est infiniment vraisemblable, — qu'il n'ait pas été mauvais, pour l'enfant, de se trouver ainsi amené, pendant plus d'un an, à composer des œuvres d'un genre plus facile, plus simple, mieux à la portée d'un enfant, — des œuvres où la perfection pouvait être atteinte plus sûrement et avec moins d'effort. Le fait est, en tout cas, que lorsque Mozart, dès sa rentrée à Salzbourg, subira de nouveau l'action du génie instrumental allemand, les œuvres qu'il écrira ne seront ni moins parfaites, ni d'un caractère moins profondément « instrumental » , pour avoir été précédées d'une année de travail tout « vocal », ou dominé par le souvenir de la musique d'opéra.

Et quant aux œuvres vocales de Mozart durant cette période d'arrivée, la plupart vont nous montrer un progrès si prompt et si complet que nous aurons, là encore, un témoignage de la profonde impression produite sur l'enfant par ce premier contact avec le monde musical italien. Au contraire de ce que nous aurons à signaler pour les œuvres instrumentales, où Mozart ne se détachera que peu à peu de ses habitudes allemandes, ses œuvres vocales nous le feront voir transformé aussitôt en un véritable Italien, tout prêt à sacrifier l'accompagnement instrumental, de la môme façon qu'un Piccinni ou un Sacchini; et c'est seulement plus tard, après ce premier élan d'enthousiasme, que le jeune homme se sentira repris de sa passion naturelle d'instrumentation. Mais toujours, pendant toute la durée de son premier séjour en Italie, il nous apparaîtra profondément imprégné de l'opéra italien de son temps ; et jamais ensuite, peut-être, son œuvre chantée n'aura plus au même degré la belle allure vocale que nous présentent ses airs et son opéra de 1770. Tout ce que la musique italienne d'alors avait de romantique et de profondément expressif, sous son apparence superficielle, ce n'est que plus tard, au moment de Lucio Silla, que le génie de Mozart se trouvera assez mûr pour être en état de le saisir et de se l'approprier : mais pour ce qui est de la forme et des procédés de l'art italien, la période qui nous occupe et les suivantes, jusqu'au retour du premier voyage d'Italie, nous révéleront, en quelque sorte, une « italiani-

saiion » absolue du génie du jeune garçon, celle-là même qui se manifeste dans tout l'esprit de ses lettres, souvent écrites en italien. Nous aurons du reste à examiner, à propos de la dernière période de ce voyage, de quelle conséquence aura été, pour la formation définitive de l'art du jeune homme, cette « dénationalisation » de plus d'une année.

Enfin nous devons nous rappeler, en étudiant ces œuvres milanaises de Mozart, que l'atmosphère musicale de Milan, comme nous l'avons déjà indiqué au passage, comportait, sous son italianisme essentiel, de nombreux éléments étrangers, et surtout viennois. En fait, le petit Mozart a rencontré sur sa route, entre Vérone et Crémone, des milieux beaucoup jplus purement italiens que celui qui l'attendait à Milan ; et aussi bien lui-même, dans un fragment de lettre cité plus haut, nous parle-t-il de la provenance viennoise d'un menuet qu'il vient d'entendre à Milan. Par là s'explique tout ce qui reste encore dallemand, par exemple, dans ses deux premières symphonies italiennes, en comparaison de celles qu'il produira à Rome ou à Bologne. La musique milanaise d'opéra et de chant, il est vrai, ne devait se ressentir que très peu de ces influences allemandes : mais dans le domaine instrumental, il n'y a pas jusqu'à l'œuvre toute personnelle, — et profondément italienne, — de Sammartini, qui, sans doute, ne serait devenue sensiblement moins sérieuse et moins belle, si l'auteur n'avait pas eu l'occasion de se tenir constamment au courant des progrès de l'école viennoiso.

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