Milan, du 1" au 5 févriei
Air latin en sol, pour soprano avec accompagnement de deux violons, alto, basse et orgue.
Ms. dans une collection de New- York.
' . Récitatif
, Et. go in.terest an qiiis ma. le vi.vat
Récitatif : Ergo interest. — Air : Quxre superna.
L'origine de cet air religieux nous est révélée par un passage d'une lettre de Léopold Mozart. Celui-ci écrit de Milan à sa femme, le 3 février i770 : « Wolfgang ne peut pas vous écrire aujourd'hui, parce qu'il est en train de composer deux motets latins pour deux castrats, dont l'un est âgé de quinze ans et l'autre de seize. Ces jeunes gens l'en ont prié ; et comme ils sont ses camarades, et comme ils chantent très bien, il n'a pas pu le leur refuser. » Et, d'autre part, Mozart luimême, de Bologne, le 4 août suivant, écrira à sa sœur qu'il a composé en Italie « cinq ou six airs, comme aussi un motet ». Le « motet » auquel Mozart fait allusion est évidemment l'offertoire n° 80 ; mais le n° 79, qui, tout -en n'étant qu'un air, peut également être considéré comme un petit « motet à voix seule », doit sûrement avoir été le second des « deux motets » mentionnés par le père.
En tout cas, c'est chose incontestable que ce numéro a été composé en même temps que l'air intercalé dans le motet n® 80, et date, comme lui, du premier séjour à Milan. A la manière italienne, en effet, ce morceau d'église est, simplement, un petit air d'opéra, tout à fait pareil à ceux que l'enfant va composer en mars 1770, « pour montrer qu'il est capable d'écrire un opéra » ; et l'instrumentation du morceau ressemble également à celle de l'un de ces airs, ainsi qu'à celle de la symphonie milanaise n° 78.
Le récitatif même qui précède l'air n'atteste pas le moindre effort d'expression religieuse, comme l'attesteront, dans la suite, d'autres morceaux analogues. Ici l'enfant, à qui les leçons du P. Martini n'ont pas encore révélé la pos.sibilité d'une utilisation proprement « religieuse » du génie italien, s'est borné à improviser un petit recitativo sccco d'opéra, le plus insignifiant du monde, et aboutissant, par une cadence traditionnelle de récitatif, à l'exposé instrumental du premier sujet de l'air.
Quant à cet air lui-même, Mozart y a employé, comme naguère dans plusieurs airs de sa Finta Semplice, la coupe du « petit air à reprise variée ». Après une première partie, composée déjà de deux sujets distincts, sur les mots : « Recherche les choses d'en haut et fuis celles de la terre, et ne te soucie point de celles-ci, car elles ne sont rien! » une ritournelle amène une seconde partie très courte, et plus récitative, sur d'autres paroles. Et puis, sans nulle transition qu'un point d'orgue, la première partie de l'air est reprise dans son entier, avec de légers changements, portant surtout sur les ornements du chant, et sur la cadence finale. La partie principale de l'air est une véritable cantilène d'opéra, très douce et chantante, mais sans aucun rapport avec la signification des paroles ; et il est même un peu comique de voir de quelle façon Mozart, la seconde fois qu'apparaissent les mots non cura reliqua, y emploie un tour de modulation imprévu et saisissant, tandis que, la première fois, les mêmes paroles n'ont donné lieu à aucun accident du même genre. Les deux cadences sont encore assez rudimentaires, et l'ensemble de l'air est loin d'avoir l'allure « vocale » des airs qui vont suivre. C'est une mélodie tout instrumentale, un andante de symphonie, et tout aussi agréable à entendre lorsqu'il est d'abord chanté par le violon que lorsqu'il est repris par la voix.
Knfin, pour ce qui est de l'accompagnement, Mozart recourt ici au procédé que nous avons signalé dans les deux symphonies précédentes, et qui consiste à confier le chant au premier violon sur un accompagnement continu du second violon en croches. Du moins découvrons-nous ici une tendance marquée à rendre l'orchestre indépendant du chant, au lieu de le réduire à doubler celui-ci, comme faisaient trop souvent les auteurs italiens. L'accompagnement de la seconde partie de l'air nous offre même, au-dessous du chant, une série de modulations expressives qui annoncent déjà les beaux récitatifs instrumentaux de deux airs composés le mois suivant.