‹ W.-A. MozartChapitre 100 sur 153 · Salzbourg, octobre et novembre · texte numérisé non relu

Salzbourg, octobre et novembre

Messe en ut, pour quatre voix, deux violons, deux hautbois, deux Irompettes, deux trombes, timbales, basse et orgue.

Ms. à Berlin.

Andante maestoso tuii» /Tv

Kyrie : andante maestoso et allegro. — Gloria : allegro assai. — Credo : allegro molto ; andante en la mineur (Et incarnatus) ; molto allegro (Et resurrexit). — Sanctus : allegretto et allegro molto

(Hosanna). — Benedictus : allegro (en fa). — Agnus Dei : andante maestoso et allegro vivace (Dona nobis).

Comme nous l'avons dit, cette messe, encore écrite dans le même style que la messe de 1775 et que les litanies et la messe de la première période de 1776, est cependant déjà d'un esprit différent. Mozart, évidemment, tâche à s'y servir de sa belle langue mélodique d'alors pour exprimer des sentiments d'une piété recueillie. Dans l'ensemble comme dans le détail, nous découvrons le même essai de simplification, de concentration, la même tendance à relever l'émotion traduite, à lui donner plus d'ampleur et de gravité. Le contrepoint, comme dans la messe précédente, n'apparaît encore que d'une façon épisodique : mais toujours le chant, homophone ou polyphone, garde une allure très sobre et très condensée ; et le même progrès se fait sentir dans l'accompagnement, où le rôle principal est donné à l'orgue, dont Mozart, pour la première fois, sépare les parties de celle de la basse.

Le Kyrie commence par de beaux appels, à la manière de la messe en ut mineur n° 128 ; puis vient un allegro légèrement contrepointé, mais très court et très resserré, se répétant tout entier dans la seconde partie du morceau.

Dans le Gloria, d'un caractère homophone, nous retrouvons la même aspiration à un mélange de grandeur et de simplicité. Soli et tutti alternent sans aucune recherche d'effets extérieurs, poursuivant la même expression d'invocation pieuse, jusqu'au moment où le Quoniam tu solus ramène, en l'abrégeant, l'entrée du morceau. Il n'y a pas jusqu'à l'Amen qui, dans sa brièveté, ne continue et ne rehausse l'émotion de l'ensemble : c'est un petit chœur homophone traité, en coda sur le motif du Gloria.

Le Credo qui suit est certainement, de tous les credos de Mozart, celui où se montre le plus le désir de donner à cette partie de la messe une expression religieuse appropriée. Pour y parvenir, Mozart, recourt de nouveau à un procédé qu'il a employé déjà dans sa messe en fa de 1774 ; constamment, au cours du Credo, il fait répéter à son chœur le mot credo, sur un thème distinct du reste de la contexture musicale. Mais tandis que, dans la messe en fa, la répétition de ce thème jouait surtout un rôle musical, et servait à relier entre elles les autres phrases du morceau, ici, ce petit thème très simple, invariable, toujours chanté à l'unisson, a manifestement un caractère liturgique, et ne se répète que pour nous rappeler que nous sommes en présence d'un grand acte de foi. Tout le Credo, d'ailleurs, en comparaison de ceux des messes précédentes, garde une énergie simple et concentrée qui répond évidemment à la même préoccupation générale : à peine Y El incamatus et le Crucifîxus suivants se détachent-ils du reste du Credo, avec un caractère d'abord plus gracieux et mélodique, puis plus vigoureusement pathétique ; après quoi VEt resurrexit reprend librement le rythme, mais non point le thème, du credo ; et ce rythme se poursuit, avec un souci constant d'accommodation aux paroles, jusqu'aux imitations brèves et rapides de l'Amen. Les solistes, ici comme dans presque toute la messe, chantent ensemble, sans rompre l'unité du rythme ni du sentiment du morceau entier. Ktdéjà les passages en contrepoint, quand ils intervien-

nent, sont amenés plus directement que dans les messes précédente? : déjà Mozart s'efforce de les fondre dans la grande masse de son lanmusical.

Les mêmes caractères se retrouvent dans le Sanctus qui, après s'être ouvert par le thème de quatre notes qui a déjà servi pour le Credo de la messe en fa, ne forme en vérité qu'une seule grande phrase jusqu'aux dernières mesures de l'Hosanna, malgré l'accélération du mouvement après le Pleni sunt cœli. Seul le Benedictus, chanté en quatuor par les solistes, relève encore, par son inspiration, du style des messes précédentes : avec son léger accompagnement des violons, et les agréables imitations de ses quatre voix, c'est une sorte d'andante de symphonie transporté dans la musique d'église. Il en a, d'ailleurs, la coupe à peu près régulière.

La première partie de l'Agnus, d'un très beau travail d'écriture, a bien, elle aussi, une allure plus en dehors que la plupart des morceaux précédents: elleestaccompagnéed'ungrandchantde violon, etles instruments à vent y tiennent aussi une place importante. Par contre, le Dona pacem, avec la phrase mélodique qui l'ouvre et qui le ferme, est sensiblement plus sobre, plus simple, et plus choral que l'ordinaire des Dona nobis, qui sont presque toujours, il faut bien l'avouer, la partie la plus fâcheuse des messes de Mozart.

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