‹ W.-A. MozartChapitre 106 sur 153 · Salzbourg, le 16 juillet · texte numérisé non relu

Salzbourg, le 16 juillet

Concerto en ré, pour le violon, avec accompagnement de deux violons, alto, deux hautbois, deux cors, violoncelle et basse.

Allegro maestoso

Ms. perdu.

Allegro maestoso. — Andanle (en sol). — Allegro.

L'autographe de ce concerto est aujourd'hui perdu. Il appartenait, en 1837, au chef d'orchestre parisien Habeneck, qui affirmait y avoir trouvé cette inscription, de la main de Mozart : Concerto per il violino di W. A. Mozart, Salisburgo, li 16 di Luglio 1111. La partition du concerto nous est connue par deux copies anciennes, dont l'une, faite par le violoniste français Baillot, porte la même date, — mais en français, et qui, cependant,semble nous être donnée comme reproduite ainsi en fac simile d'après l'autographe, — tandis que l'autre copie a été retrouvée à Berlin parmi les papiers de l'infatigable collectionneur allemand Aloys Fuchs. A quoi nous devons ajouter que l'authenticité de cette partition, en tant que produite par Mozart lui-même, est absolument incontestable, et que l'on y trouve maintes particularités qui, rappelant le concerto de piano pour MHo Jeunehomme, légitiment la date de « juillet 1777 ». Mais, d'autre part, diverses autres particularités de ce concerto montrent tant de différence avec les procédés de Mozart en 1777, et, au contraire, rappellent si fort la manière du maître pendant et après son grand voyage de Mannheim et de Paris qu'il ne nous est vraiment pas possible, sur la foi d'une inscription aujourd'hui perdue, d'étudier l'ouvrage à l'endroit de notre travail où nous sommes parvenus. C'est ainsi que, d'abord, l'instrumentation de l'orchestre, telle que nous la trouvons dans les deux copies, ne nous parait pas pouvoir être considérée comme écrite par Mozart avant son contact avec le milieu musical de Mannheim. Il y a là, d'un bout à l'autre, des soli ou passages importants des instruments à vent, mais surtout une indépendance absolue et une intensité symphonique du rôle des altos, dont aucune trace ne se rencontre ni dans le concerto pour M"0 Jeunehomme. ni dans le

sextuor en si bémol, ni dans aucune des œuvres de 1777 que nous aurons à examiner. Et ce n'est pas tout : jusque dans la coupe des morceaux, nous apercevons toutes sortes d'innovations qui nous deviendront, en effet, familières dans les concertos d'après 1778, mais qui, avant cette date, ne laissent pas de nous paraître bien invraisemblables. Par exemple, dans le premier morceau, le sujet libre du soliste n'est point repris au moment de la rentrée, et le premier sujet luimême y est fort abrégé. L'andante a une allure de lied, très simple et très claire, qui contraste avec le caractère plus romantique de presque tous les mouvements lents des périodes que nous étudions, tandis que ce caractère nous apparaîtra souvent dans les œuvres composées sous l'influence française. Enfin, pour nous en tenir à ces quelques points, le rondo final commence par un long prélude d'orchestre qui en expose le thème et, qui plus est, un premier intermède, alors que, d'une façon tout à fait constante, depuis le milieu de 1775 jusqu'aux concertos de flûte écrits par Mozart à Mannheim en 1778, le soliste intervient toujours dès le début du finale.

De tout cela résulte cette conclusion certaine que la partition qui nous est connue n'est pas exactement celle que Mozart a composée en juillet 1777. 11 se peut que le jeune homme, à cette date, ait écrit un concerto de violon où se trouvaient déjà les principaux éléments mélodiques de la partition susdite : mais l'état présent de celle-ci , en ce cas, doit avoir résulté d'une refonte ultérieure, et sans que nous puissions déterminer avec précision la part qui y revient au concerto primitif ainsi que celle qui a été, plus tard, modifiée ou renforcée par le jeune élève des instrumentistes de Mannheim. Si bien que, à vouloir analyser ici cette partition, nous risquerions de fausser notre idée des progrès du jeune homme durant l'année 1777. Mieux vaut noter simplement que, à la veille de son départ, et sans doute en vue des concerts qu'il espérait pouvoir donner à Paris, Mozart a très probablement composé un grand concerto, plus étendu et beaucoup plus « brillant » que tous ceux qu'il avait produits jusqu'alors, avec déjà ce caractère de « bravoure » dans les soli qui, bientôt, allait s'imposer à lui sous l'influence du goût de son temps, et créer un contraste de plus en plus fâcheux entre la merveilleuse beauté des préludes ou tutti de l'orchestre et la longueur, le vain éclat, la difficulté de ces interminables soli, tout semés de traits et de cadences sans aucune signification expressive. Et puis, pendant son voyage ou plutôt même après son retour, Mozart a revu sa partition, et lui a fait subir une modification si profonde qu'il en a fait déjà un de ses concertos les plus difficiles, équivalent à ses grands concertos de piano de la période viennoise. Aussi n'est-ce que beaucoup plus tard, vers 1779 ou 1780, que nous aurons le droit d'aborder l'étude de cette partition, tout en ayant soin de la considérer comme un simple remaniement d'un ouvrage antérieur.

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