Salzbourg, août
Scène dramatique, pour soprano, avec accompagnement de deux violons, deux hautbois, deux cors et basse.
Ms. à Berlin.
Allegro risoluto
RECITATIVO
Allegro
Scène extraite d'un poème d'Andromède. — I. Récitatif: Andromède : Ah! lo previdi : allegro risoluto. — II. Arioso en ut mineur : Ah! t'invola : allegro. — III. Récitatif : Misera! in van m'adiro : allegro, andante el adagio. — IV. Cavatine en si bémol : Deh ! non varcar quell'onda !
Mozart a composé cette scène pour une jeune femme de Prague, Mmo Duschek, qui était venue passer quelque temps à Salzbourg. Elle était très jolie et très séduisante; et Mozart, qui devait la retrouver encore dans la suite, en fut certainement amoureux dès cette première rencontre. Le fait est qu'il mit toute son Ame à cette scène que, par amitié, il écrivit pour elle, et qui est peut-être son chef-d'œuvre dans ce genre des scènes et grands airs de concert. Après un court récitatit assez simple, mais très expressif, Andromède chante un grand arioso en deux strophes, adressé à Persée, qui vient de tuer son ami. « Envole toi loin de moi, méchant, cause de ma douleur! » Cet arioso, qui a la forme très régulière d'une cavatine, avec une seconde strophe librement variée, traduit de la façon la plus pathétique et en même temps la plus musicale le mélange de colère et de désespoir que signifient les paroles. L'allure rapide et saccadée du chant, les contretemps de
l'accompagnement, le rythme pathétique, sans cesse modulé, sous les paroles : « Va cruelle ! », tout cela concourt à produire un effet d'ensemble d'une intensité d'autant plus grande que les moyens employés sont plus simples, et que cette expansion mélodique passe plus vite : car, dès la fin de la seconde strophe, le récitatif reprend. Et ce récitatif est, cette fois, de tout autre nature qu'au début de la scène. Le rythme de la voix y est beaucoup plus chantant; et l'accompagnement, tout en n'étant fait que par le quatuor, à la manière classique, est très fourni de figures expressives, avec une foule d'enharmonies et de chromatismes, qui donnent à ce passage une importance musicale au moins pareille à celle de l'air précédent. Puis, lorsque cette fièvre de passion s'est calmée, la scène s'achève par une seconde cavatine, en majeur, d'une allure et d'un sentiment tout différents de ceux delà précédente. Andromède, à bout de forces, supplie son ami mort de l'attendre pour traverser avec elle le fleuve du Léthé. C'est ici une cantilène sans expression dramatique bien définie, mais d'un sentiment très doux et féminin, et d'une ligne mélodique délicieusement pure, accompagnée par l'orchestre avec une discrétion qui met d'autant plus en relief la beauté du chant. La seconde strophe de la cavatine, ici encore, est très variée ; et Mozart, suivant son habitude d'alors, y intervertit les phrases de la première strophe, pour aboutir enfin à une courte strette, allegro, sur le rythme de la dernière phrase de la cavatine. Peu de virtuosité, dans les deux airs, où l'on ne trouve aucune cadence, et où les ornements du chant sont toujours traités au point de vue de l'effet expressif: mais le chant lui-même, d'une interprétation très difficile, est parfaitement adapté aux ressources de la voix ; et l'ensemble de la scène, avec la pureté du chant et la savante réserve de l'accompagnement, nous montre à quel point Mozart, depuis qu'il s'était remisa la musique vocale en 1776, avait de nouveau progressé dans ce domaine de son art.