‹ W.-A. MozartChapitre 116 sur 153 · Salzbourg, été ou automne de · texte numérisé non relu

Salzbourg, été ou automne de

Offertorium de B. V. Maria, Aima Dei creatoris (en fa), pour quatre voix avec accompagnement de deux violons, basse et orgue.

Ms. perdu.

tr

Allegro.

L'autographe de cet offertoire nous est inconnu, comme aussi la date exacte de sa composition. Nous savons seulement que Léopold Mozart, dans une lettre du 29 novembre 1777, annonce à son fils qu'il a « mis en répétition son Aima redemptoris en fa » dans la chapelle archiépiscopale. De cela il parait bien résulter que l'offertoire, composé peu de temps avant le départ du jeune homme, n'aura pas été exécuté sur-le-

champ ; et quand nous apprenons ensuite, par une autre lettre du 22 décembre, que la messe en si bémol n° 288 vient d'être chantée pour la première fois quelques jours auparavant, nous avons grande envie dfen conclure que la messe et l'offertoire, composés pour les mêmes voix et le même orchestre, étaient destinés à se compléter l'un par l'autre, — hypothèse que confirmerait encore le ton de fa, convenant le mieux du monde pour un morceau intercalé dans une messe en si bémol.

En tout cas l'Aima redemploris ressemble si fort, à la fois, au Sancta Maria n° 286 et à la messe n° 288 que nous pouvons être certains d'avoir là une des dernières œuvres produites par le jeune homme avant son départ de Salzbourg. Et si, peut être, cet offertoire composé pour compléter une messe n'a pas le recueillement intime et profond du Sancta Maria créé par Mozart pour sa propre consécration à la Vierge, et sans doute en vue des dangers de son prochain voyage, ce morceau n'en est pas moins, lui aussi, un modèle de pureté mélodique et d 'affectation très heureuse des procédés de la musique profane à l'expression d'un sentiment religieux. Les deux différences principales entre le Sancta Maria et VAlma Dei sont que d'abord, dans ce dernier, le soprano chante souvent seul, avec des réponses du chœur, gardant un rôle prépondérant jusque dans ces chœurs même, et puis, en second lieu, que la coupe de l'offertoire ressemble plus strictement encore à celle d'un morceau de sonate. Mais, à cela près, nous voyons dans les deux œuvres le même style polyphonique sans aucune figure propre de contrepoint, comme aussi le même procédé d'accompagnement, où les violons ne font gv que doubler ou renforcer le chant, tandis que l'orgue se réserve la kAche véritable de l'accompagner.

Les paroles, ici, sont beaucoup moins nombreuses que dans le Sancta Maria. D'un bout à l'autre du morceau, la prière chantée se réduit a ces seuls mots : « Auguste Mère du Créateur, niais aussi du coupable pécheur, fais miséricordieusement ce que nous te demandons, rendsnous braves pour les combats ! »

Sur ces paroles, Mozart a composé, comme nous le disions, un morceau ayant tout à fait la coupe d'un allegro de sonate, avec, en quelque sorte, trois répétitions du texte ci-dessus, la première assez (tendue, reprenant plusieurs fois les mêmes mots, la seconde beaucoup plus courte et tout à fait différente, formant un vrai déveiofpemtnt, la troisième reproduisant la première avec de pelil s changements sans importance. On pourrait même distinguer, dans la première partie de l'offertoire, deux sujets distincts, avec une troisième petite figure en coda; et nous verrions alors que Mozart, dans sa rentrée, comme toujours en 1777. a fait porter ses changements sur la reprise du premier sujet. Mais tous ces sujets relèvent d'une inspiration tellement pareille, et sont encore si étroitement reliés entre eux par l'unité d'allure de leur accompagnement que l'oreille ni le cœur ne sont jamais gênés par celte coupe un peu trop régulière, effacée sous la i harmanie douceur de l'émotion qui s'exhale devant nous. L'orchestre, de même que dans le Sancta Marii, apporte une réserve parfaite dans les figures nouvelles qu'il ajoute au chant : il a cependant, ici, une lagon de sul» a découvert, avant la coda qui précède le développement, et rien n'est MUAJ imprévu et gracieux que l'arrivée de cette coda, où le chœur se met

à redire : « Mère très clémente ! » lorsque déjà l'on croyait le morceau fini en entendant la ritournelle de l'orchestre.

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