‹ W.-A. MozartChapitre 2 sur 153 · Salzbourg, fin de mars · texte numérisé non relu

Salzbourg, fin de mars

Divertimento en mi bémol, pour deux hautbois, deux clarinettes, deux cors anglais, deux cors et deux bassons.

Allegro

i ffffl

1 IV ,|, li m l -

Allegro. — Menuet to et trio (en si bémol). — Andante grazioso (en si bémol). —

Adagio et allegro.

L'autographe de ce divertimento, écrit sur le petit papier oblong que Mozart va désormais employer constamment, porte la date de « Mars 1773. à Salzbourg » ; et comme Mozart n'est rentré à Salzbourg que le !3 de ce mois, c'est donc tout de suite après son retour qu'il a composé ce divertimento. Au reste, aucun doute n'est possible sur la destination de celui-ci : Mozart l'a écrit pour un amateur de Milan où nous savons déjà qu'il y avait des clarinettes, tandis qu'il n'en existait pas à Salzbourg, et où précédemment le jeune homme avait composé un premier divertimento pour les mûmes instruments, tout à l'ait pareil à celui-ci par sa coupe et le nombre de ses morceaux. Sûrement ce n° 168 a été composé pour être envoyé à Milan, de même que plusieurs des œuvres que nous allons avoir a étudier après lui ; et il se peut que ce soit afin de pouvoir plus commodément rouler et expédier ses envois que Mozart. à ce moment de sa vie, a pris l'habitude d'écrire ses compositions sur un papier de format plus petit et plus portatif.

Mais que si, après cela, nousjetons les yeux sur lecontenu musical de ce second divertimento, nous éprouvons un sentiment de véritable stupeur, à découvrir combien a été rapide et profond le choc produit, sur le

génie poétique du jeune maître, par son nouveau contact avec l'atmosphère musicale et intellectuelle de son pays. De toute la fièvre romantique qui brûlait dans les moindres morceaux de la période précédente, de ces élans passionnés de tristesse ou de folle joie, de cette merveilleuse beauté chantante de tous les contours mélodiques et de l'adorable poésie qui les animait, rien absolument ne subsiste plus. Le métier même a changé, pour redevenir tout salzbourgeois : au lieu des beaux effets d'ensemble du n° 167, nous trouvons sans cesse, comme autrefois, des « effets » particuliers, des soli échangés tour à tour entre les divers instruments, de plates ritournelles répétées à plaisir. Et sans doute tout cela dénote surtout la hâte avec laquelle Mozart, sitôt rentré, s'est empressé d'« expédier » une commande peut-être payée d'avance : mais le contraste de ce n° 168 avec le divertimento précédent n'en révèle que plus à découvert l'intensité de la révolution qui s'est opérée, tout d'un coup, dans le coeur et l'esprit du jeune voyageur.

Le premier morceau est fait de trois sujets, dont un, le second, est réservé d'abord aux cors anglais pour passer ensuite, dans la reprise, aux clarinettes. Après quoi, suivant la vieille coupe italienne, le premier sujet est repris à la dominante, et ce n'est que le second sujet qui se trouve ramené dans le ton principal. Encore faut-il voir ce que sont ces pauvres sujets, et notamment le troisième, banal refrain répété quatre fois de suite.

Dans le menuet et le trio, Mozart, pour se conformer à l'habitude italienne, fait en sorte que la seconde partie soit plus longue que la première : mais il obtient ici ce résultat en reproduisant simplement, après la seconde partie, la totalité ou un morceau de la première.

Uandante, — qui ne s'appelle pas encore andantino, mais porte déjà le qualificatif grazioso, — nous fait voir pour la première fois une coupe que Mozart, désormais, emploiera volontiers dans les andantes. surtout lorsqu'il voudra les écrire promptement et sans trop de peine : la coupe du rondo, telle qu'il la pratiquait précédemment dans ses finales, mais avec cette différence que, ici, le thème principal sera assez long, tandis que les intermèdes, très courts, ne feront qu'en ramener les reprises, à la façon de petites ritournelles. Et Mozart, dans cet andante de son divertimento, se met si peu en frais d'invention qu'il répète encore son refrain, au lieu d'un intermède nouveau, en se bornant à le transporter dans un autre ton et à le faire reprendre, en solo, par les cors. Une coda assez longue termine cet andante, avec une ritournelle nouvelle où Mozart, se rappelant soudain son habitude milanaise, recommence à prodiguer les indications de nuances.

L'adagio qui précède le finale n'est plus, comme dans le n° 168. un grand chant isolé, d'une coupe régulière de morceau de sonate : plus court, il n'a d'autre objet que de servir de prélude au morceau suivant. ce qui ne l'empêche pas d'être, dans le divertimento tout entier, le seul passage où se retrouve un écho du génie poétique déployé naguère par Mozart dans son divertimento milanais.

Quant au finale, celui-là ressemble tout à fait, par sa coupe, au finale du n° 169, étant pareillement un rondo où le thème, en deux couplets, dépasse de beaucoup les petits intermèdes aussi bien par son étendue que par son importance : mais toujours nous sentons, dans ce

fi

finale du second divertimento, que Mozart compose plus vite, à moins de de frais, et avec moins d'entrain.

En dehors du passage que nous avons signalé dans Vandanle, les indications de nuances sont déjà moins nombreuses, à travers le diccrtimento : mais quelques-unes, et notamment un crescendo vers la fin du premier allegro, rappellent encore les récentes habitudes italiennes du jeune maître.

Page 1