‹ W.-A. MozartChapitre 35 sur 153 · DIXIT · texte numérisé non relu

DIXIT

L'autographe de ce n° 204 porte l'inscription que voici : Dixit di Wolf gango Mozart a Salisburgo nel mese di Luglio 111k. C'est donc dans l'intervalle, entre la composition de ses deux messes du 24 Juin et du 8 août 1774 que Mozart a écrit la musique de ces deux psaumes ; et en vérité cette musique nous apparaît comme une transition caractéristique entre le style tout savant, mais quasi abstrait, de la messe en fa et la belle langue chantante de l'autre messe.

Le Dixit et le Magnificat forment, comme l'on sait, le commencement et la fin de l'office liturgique des vêpres, que l'on commençait alors à traiter, elles aussi, d'après le nouveau système musical en vogue. Bientôt, Mozart ira même jusqu'à mettre en musique des vêpres entières, comme il faisait déjà précédemment pour les litanies. Cette fois, il s'est borné à ces deux psaumes, et le reste des vêpres a du être probablement composé par un autre des maîtres de chapelle salzbourgeois, Michel Haydn, peut-être, ou Léopold Mozart.

En tout cas, l'essai du jeune homme dans ce genre nouveau a eu pour lui une conséquence des plus heureuses : car c'est évidemment le caractère particulier de son texte qui lui aura imposé l'obligation de donner à son chant une allure grave et recueillie, manifestement destinée à rappeler celle de l'ancienne musique d'église. Sous le rapport du style, cependant, ces deux psaumes se rattachent directement à la messe en fa du mois de juin précédent : même emploi constant de brèves figures de contrepoint, même liberté de l'accompagnement, même tendance à rehausser l'unité musicale des morceaux, aussi bien dans l'accompagnement que dans le chant, par des reprises plus ou moins variées des rythmes exposés au début des morceaux. Mais sous cette ressemblance extérieure, le n° 204 est déjà animé d'un esprit tout autre que celui qui inspirait la messe n° 203. Au lieu de se préoccuper avant tout de la richesse harmonique ou de l'ingéniosité de son contrepoint, Mozart, en écrivant ces deux psaumes, a manifestement voulu que ses chœurs fussent de véritables chants d'église, suivant l'idéal que lui avait jadis révélé le P. Martini. Aussi bien n'y a-t-il pas jusqu'à la langue musicale des deux psaumes qui ne ressemble quelque peu au style des morceaux religieux composés naguère par le petit Mozart sous 1 influence du maître bolonais. Les imitations des voix y ont un caractère noble et fort, avec une discrétion qui en fait mieux ressortir lélégante beauté. Seul, l'accompagnement instrumental appartient tout entier au nouveau style religieux de Mozart : brillant et rapide, avec de nombreuses figures d'imitation entre les violons sous de sonores appels des trompettes et timbales, cet accompagnement ne laisse pas de contraster trop souvent, en particulier dans le Dixit, avec la grandeur recueillie du chant qui se déroule au-dessous de lui.

Aussi bien le Dixit est-il, dans son ensemble, sensiblement inférieur au Magnificat. Le chœur y fait entendre une alternance continuelle de petits passages homophones et d'autres en contrepoint, avec même, parfois, de courts soli d'un caractère presque récitatif; et puis, tout à coup, aux mots Judicabit in nationibus, Mozart introduit dans son chant une véritable rentrée variée de tout le commencement du Dixit. A la doxologie du Gloria Patri, ensuite, le mouvement et la mesure changent; et, après un court prélude sur les premiers mots, Vet in sxcula, suivi

de Y Amen, donne lieu à une fugue régulière, très simple, mais parfaitement adaptée aux ressources des voix.

Le Magnificat, lui, est d'une élaboration beaucoup plus poussée. Il est construit tout entier, jusqu'au Gloria Patri, sur des variations et combinaisons de deux thèmes, dont le premier est emprunté au plain-chant où il sert précisément pour le Magnificat. Après quoi, de nouveau, le Gloria Patri amène un changement de mesure, et un long prélude homophone aboutit à une nouvelle fugue, plus étendue que la première, mais non pas moins éminemment « vocale », et terminée par une grande strette du plus bel effet. Ajoutons que l'orchestre, dans les deux fugues, se borne encore le plus souvent à doubler ou à remplacer les voix.

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