Salzbourg, automne de
Sonate en sol, pour le clavecin.
Allegro
Ms. à Berlin.
Allegro. — Andante (en ut). — Presto.
Cette sonate, classée la cinquième dans la série où figuraient les deux précédentes, a sûrement été composée dans le même temps, et sous la même influence directe des sonates de Joseph Haydn. Mais nous croirions volontiers que Mozart l'a écrite avant les deux autres, car on y reconnaît encore des traits que l'influence de Haydn a fait disparaître entièrement des n08 211 et 212 : en particulier, l'affectation des développements, — ou du moins de l'un d'eux, — à des idées toutes nouvelles; comme aussi l'addition, à Validante ainsi qu'au finale, de petites codas, bien petites et insignifiantes à coup sûr, mais dont la seule présence suffit à distinguer ces morceaux de ceux qui sont nés immédiatement sous l'action de Joseph Haydn. D'autre part, la sonate est d'une allure moins « pianistique » que la précédente; et l'on dirait que le jeune Mozart y a été excité, par l'exemple de Haydn, à des essais d'élaboration thématique dont aucune trace ne surviendra plus dans les œuvres suivantes, — ce qui ne l'empêche pas, (railleurs, de donner ici libre cours, et bien plus complaisamment que Joseph Haydn, à son goût natif de modulations chromatiques.
Le premier morceau est fait de deux sujets très distincts, chacun accompagné de sa ritournelle, et aboutissant à une petite cadence finale qui. cette fois encore, sort en droite ligne des sonates de Haydn. Vient ensuite un petit développement tout nouveau, conçu en forme de
transition pour amener la rentrée. Celle-ci, dès la quatrième mesure, se trouve variée par une répétition du premier sujet en mineur; et il est curieux de voir que, suivant l'habitude de Haydn, Mozart, après cette reprise en mineur, supprime un assez long passage qui, dans la première partie, formait comme la réponse du premier sujet.
L'andante, tout de même que ceux des n08 211 et 212, nous offre d'abord un petit prélude, suivi d'un chant en deux parties; et ici encore, tout comme dans l'andante du n° 212, Mozart, après la rentrée du prélude, tâche à varier l'harmonie du morceau en reprenant dans un autre ton le début du chant qui, tout à l'heure, commençait dans le même ton que le prélude qui le précédait. La rentrée est d'ailleurs absolument pareille à la première partie, sauf ce petit changement dans la modulation : mais il faut noter que Mozart, avant cette rentrée. nous a donné un développement d'une longueur inaccoutumée chez lui, un vrai développement à la manière de Haydn, avec un court travail thématique sur le rythme du prélude, une imitation en contrepoint partagée entre les deux mains, et même ce petit procédé caractéristique de Haydn qui porte le nom de « fausse rentrée ». Enfin, nous avons noté déjà la présence, après la rentrée, de nouvelles barres de reprise, et suivies d'une coda nouvelle de deux mesures, où se trouve très ingénieusement rappelé le rythme initial du prélude.
Quant au presto final, traité en morceau de sonate, il porte, à un plus haut degré encore que celui de la sonate en fa (n° 211), l'empreinte du style cl de l'esprit de Joseph Haydn. Il est fait de deux longs sujets, tout rythmiques, dont le second nous fait voir un curieux travail d'élaboration, tout semé de chromatismes et de passages en dialogue entre les deux mains. Le développement, lui aussi, est très long et manifestement inspiré de Haydn. Mozart y entremêle à des rythmes nouveaux d'incessants rappels des idées précédentes ; et non seulement nous avons ici l'impression qu'il conçoit son développement, de même que Haydn, à la façon d'une véritable seconde partie du morceau, mais ce caractère indépendant nous est encore affirmé par le long silence de près de deux mesures qui sépare du développement la rentrée de la première partie. Il est vrai que cette rentrée, ensuite, s'accomplit sans l'ombre d'un changement, jusqu'à deux accords finals au-dessus desquels Mozart a pris la peine d inscrire le mot coda.