‹ W.-A. MozartChapitre 5 sur 153 · Salzbourg, 3 mai · texte numérisé non relu

Salzbourg, 3 mai

Concertone en ut, pour deux violons soli, deux violons, deux altos, deux hautbois, deux cors, basse et trompettes.

Ms. dans une collection de Hambourg.

Allegro spiritoso

Allegro spiritoso. — Andantino grazioso en fa. — Tempo di menuetlo vivace.

La date de composition de ce Concertone a été grattée, sur le manuscrit : mais on a cru y déchiffrer les mots : « à Salisburgo, 3 mai 1773 », et cette conjecture nous est pleinement confirmée par le style du morceau, comme aussi par la ressemblance d'un bon nombre de ses passages avec des figures analogues dans les symphonies et la messe du même temps. A noter encore les deux altos plus expressément sep.. qui, pareillement, se retrouvent dans la messe et dans la symphonie n° 174. On ignore, d'ailleurs, dans quelles circonstances .Mozart a été amené à composer ce Concertone : mais nous y découvrons, a chaque instant, comme un désir de montrer les progrès accomplis par le jeune homme dans la manière de traiter les divers instruments de l'orchestre.

Car, tout d'abord, on se tromperait à croire qu'il s'agit ici d'un concerto ordinaire pour deux violons. Non seulement la coupe des morceaux, comme nous le verrons tout à l'heure, diffère de celle des concertos ordinaires : à côté des deux violons soli, d'autres instruments ont un rôle expressément « concertant », par exemple les deux hautbois et le violoncelle. Bien plus qu'un concerto véritable. Mozart a voulu' écrire un petit divertissement instrumental, dans le genre de celui qu'il avait composé à Milan en 1771 sons le titre de « Concerto », au sens où les Italiens entendent ce mot. Les soli, en effet, n'y ont jamais l'extension, ni le caractère dominant, qu'ils sont tenus d'avoir dans un

concerto : ils consistent en de courts épisodes, le plus souvent libres, et non repris en tutti, qui viennent s'entremêler dans la trame symphonique. Mais le plus curieux est que Mozart, tout repris de son ancienne passion pour le contrepoint, ne se fatigue pas de composer ces soli en imitations, soit que les deux violons dialoguent entre eux ou avec les hautbois, ou bien encore qu'ils répondent en contrepoint au reste de l'orchestre. Avec cela, des nuances encore très nombreuses, de fréquents passages mineurs, et maints autres souvenirs de la précédente période italienne.

Le premier morceau, après quatre mesures à'intrada, — comme dans les symphonies du même temps, mais déjà avec réponse des hautbois aux cordes, — expose un premier sujet symphonique qu'une ritournelle enchaîne avec un second sujet qui, — et ici nous retombons dans les procédés du concerto, — est également exposé dans le ton principal. Vient ensuite une très longue ritournelle, aboutissant à la série des soli. Ceux-ci peuvent être distingués en un premier sujet, tout à fait nouveau, — et traité en contrepoint, — une réponse des solistes au second sujet du tutti, et un autre sujet nouveau, n'appartenant, lui aussi, qu'aux soli. Une reprise de la ritournelle finale du tutti amène un court passage nouveau, tenant lieu de développement, et où les deux violons exposent tour à tour un chant mineur, accompagné par l'orchestre en imitation. Après quoi, celui-ci répète les quatre mesures de son intrada et les soli recommencent, exactement pareils a ce qu'ils ont été dans la première partie, pour aboutir à une cadence où les deux violons et le hautbois reprennent, à découvert, en canon, un de leurs sujets précédents. Et c'est encore une dernière reprise de l'intrada qui termine ce morceau, relativement très simple et facile, sans aucun de ces traits de virtuosité que Mozart, bientôt, déploiera dans ses concertos.

L'andante (toujours intitulé : andantino grazioso) nous fait voir une coupe analogue. Ici, cependant, le premier sujet du tutti n'est plus séparé du premier sujet des soli : dès que ces derniers commencent, ils entremêlent un sujet tout à eux avec des reprises fragmentaires de la mélodie qui commence le tutti ; tandis que le second sujet, lui, comme dans le morceau précédent, sert à lu fois pour l'orchestre et pour les solistes. Toujours comme dans ce morceau précédent, la ritournelle du second sujet est suivie d'un petit développement où, en mineur, l'orchestre et les solistes reprennent, de part et d'autre, leur premier sujet ; après quoi vient une rentrée complète de la première partie, à peine un peu variée, aboutissant à une cadence qui ne consiste qu'en une quadruple répétition canonique d'une figure très simple, exposée d'abord par le premier des violons soli. Mais cette cadence, à son tour, est suivie d'une longue coda où l'orchestre répète, une fois encore, le second sujet, avec la ritournelle entière qui finissait le tutti du début. Les deux violons soU, dans cet aimable andantt, dialoguent en réponses alternées, plutôt qu'en véritables imitations ; et Mozart y reste encore fidèle à son habitude milanaise de noter abondamment les nuances, depuis les mf et les dolce jusqu'à un grand cresc. d'un très bel effet.

Quant au finale, Mozart y entend le tempo di menuetto absolument à la manière italienne, comme il faisait dans ses sonates et quatuors de

Milan, c'est-à-dire comme un grand menuet avec un trio. Ici, les sol n'interviennent réellement que dans le trio, tandis que le menuet proprement dit est exposé par tout l'orchestre. Dans le menuet comme dans le trio, d'ailleurs, nous retrouvons déjà le procédé allemand qui consiste à reprendre toute la première partie (un peu abrégée pourtant dans ce finale) après la seconde. Inutile de dire que, après le trio, Mozart se borne à reprendre da capo, sans aucun changement, le premier menuet.

Au total, une œuvre assez insignifiante, et bien loin encore de faire présager les grands concertos qui la suivront : mais il semble que Mozart, tout de même, y ait mis plus de soin et de goût qu'à l'achèvement des commandes italiennes qui l'ont occupé durant les premiers mois de cette période du retour; et nulle part, peut-être, ne nous apparaît aussi clairement son état d'esprit durant cette période, avec le mélange singulier que nous y avons signalé d'un regain de passion pour le contrepoint et d'une passion nouvelle pour les effets instrumentaux.

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