‹ W.-A. MozartChapitre 53 sur 153 · Salzbourg, avril · texte numérisé non relu

Salzbourg, avril

Ouverture du Re Pastore en ut.

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Ce morceau est proprement la première ouverture qu'ait écrite Mozart. Les ouvertures de la Schuldigkeit et d'Apollo et Hyacinthus n'étaient que des morceaux de sonate arrangés pour orchestre : et toutes les ouvertures suivantes, qu'elles eussent trois ou deux morceaux, restaient toujours des symphonies, à la manière des ouvertures italiennes. Ici, pour la première fois, Mozart conçoit l'ouverture à la manière française, c'est-à-dire comme un morceau unique, traite librement, et expressément destiné à préparer la pièce qui va suivre. Cette ouverture du Re Pastore va d'ailleurs servir de prototype, en 1790, pour celle de Cosi fan tutte. Elle est faite d'une alternance de rythmes vifs, entrecoupés çà et là d'un chant mélodique; et puis, à la fin, en manière de coda, un autre chant intervient, d'un caractère à la fois héroïque et tendre, et chanté en imitation par les hautbois et les flûtes. Notons encore que cette ouverture, pour mieux affirmer sa différence avec toutes les précédentes, est en ut, au lieu du ton habituel de ré. Tout cela annonce déjà un effort, que nous allons maintenant découvrir sans cesse chez Mozart, à innover dans tous les genres, au moins pour ce qui est de la forme extérieure. Au reste, comme nous le verrons, ce caractère libre de l'ouverture du Re Pastore n'a pas empêché Mozart, suivant une habitude qui lui était commune avec Joseph Haydn, de transformer son ouverture en symphonie (ou divertissement) par l'addition de deux autres morceaux.

Que si, maintenant, nous entrons dans le détail de la composition du morceau, nous verrons que la coupe adoptée ici par Mozart ressemble beaucoup à celle qui lui a servi naguère pour le premier morceau de l'ouverture de la Finta Giardiniera. C'est la vieille coupe italienne dont nous avons parlé déjà a propos des petites symphonies de 1773, et ou la première partie, se terminant par une reprise un peu variée du premier sujet en guise de développement, se répète tout entière aussitôt après ce petit passage, et en reproduisant ce passage lui-même : de telle sorte qu'un même sujet se trouve redit au moins quatre fois, avec deux expositions du petit intermède constitué par le second sujet. Encore, ici, le premier sujet est-il répété cinq fois, car Mozart nous le présente, au début, sous une double exposition, à la manière de Flaydn.

Voici, d'ailleurs, comment sont agencées les diverses phrases du morceau :

Après les trois accords d'entrée traditionnels, les deux violons dessinent un rythme vif et montant, qui annonce déjà celui de l'ouverture de Cosi fan tuttc, pour aboutir bientôt à une grande ritournelle italienne, en unisson. Puis apparaît la nouvelle exposition susdite du premier sujet où, maintenant, l'accompagnement est confié au second violon; et une nouvelle ritournelle, très longue et contrastée, termine cette première partie du morceau. Vient ensuite, toujours chanté par les violons réunis, un second sujet très distinct, mais d'un rythme également très vif et léger ; et nous nous apprêtons à en entendre la ritournelle lorsque tout à coup, à l'alto et à la basse, reparait le rythme du premier sujet, donnant lieu au petit passage en développement dont nous parlions tout à l'heure. Et puis voici la ritournelle qui terminait la première exposition du premier sujet, et qui, maintenant, commence véritablement la rentrée, Mozart ayant cru devoir supprimer ici la reprise de cette première exposition elle-même. La seconde exposition de tout à l'heure est ensuite reprise, à son tour, avec un allongement de cinq mesures qui permet à Mozart de jouer librement de ce rythme du début ; après quoi la longue ritournelle qui finissait le premier sujet, et le second sujet lui-même, et le passage en développement qui le suivait, se trouvent repris sans aucun changement. Encore n'est-ce pas tout : au lieu de finir ici, Mozart imagine de nous faire entendre maintenant cette première exposition du premier sujet qu'il a supprimée au commencement de sa rentrée suivant un procédé d'interversion que nous avons signalé déjà dans le premier air du Re Pastore, en ajoutant qu'il deviendrait surtout familier à Mozart durant toute l'année 1776.

Enfin, nous avons dit plus haut de quelle façon imprévue et exquise cette ouverture, après ce retour du premier sujet, se termine par huit mesures d'un chant tout nouveau, récité en imitation par les flûtes répondant au groupe uni des premiers violons et des hautbois, sous un léger accompagnement continu des seconds violons.

L'instrumentation, d'un bout à l'autre de l'ouverture, offre les qualités et les défauts que nous avons signalés dans notre analyse du Re Pastore lui-même. Elle est très simple, sans aucun effort de nouveauté : mais d'une adresse, d'une grâce, et d'un éclat remarquables. Les violons, désormais, marchent presque toujours ensemble, en opposition avec le groupe des altos et des basses. Quant aux vents, le dialogue en imitation des flûtes avec les hautbois, dans la phrase finale, est proprement le seul endroit où ils jouent un rôle important : ce qui ne les empoche pas, dans le reste du morceau, d'intervenir toujours avec une sûreté singulière, pour ajouter plus de couleur et de vie à la trame orchestrale.

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