Salzbourg, juillet 177o
Sonate d'église en si bémol, pour deux violons, basse et orgue.
Ms. à Berlin.
Allegro
L'autographe de cette sonate porte l'inscription Sonata di W. A. Mozart, nel Luglio 1775.
Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit déjà du genre représenté par cette sonate, et que l'on a inexactement appelé sonate d'orgue. Notons seulement ce qu'a d'imprévu la soudaine apparition d'un morceau de ce genre, parmi le véritable débordement de « galanterie » qu'attestent toutes les autres œuvres de l'année 1775. Aussi bien la présente sonate, sans être ni plus ni moins « religieuse » que les précédentes, ne parait-elle pas avoir longtemps occupé le jeune homme, ni, non plus, beaucoup éveillé son inspiration. Elle est tout à fait banale, de fond comme de forme; et Mozart y a transporté pleinement sa fâcheuse habitude de 1775, qui consistait à répéter les premières parties des morceaux, dans ses rentrées, sans rien y changer. Et cependant il ne serait pas impossible que cette pauvre sonate eut exercé une influence imprévue sur l'humeur infiniment mobile et impressionnable du jeune homme.
Car le fait est que, avec toute sa pauvreté, cette sonate contient plusieurs passages traités en contrepoint, si l'on peut donner ce beau nom à une série d'imitations à la fois très simples et de l'effet le plus gros. Mozart, évidemment, se sera cru obligé, par la destination religieuse de son morceau, à y introduire quelques traces de la vénérable langue polyphonique qui déjà, en 1772, nous avait valu la vigoureuse ampleur de la sonate n° 131. Or il se trouve que trois autres œuvres datant du même été, une sérénade, un concerto intercalé dans cette sérénade, et une « musique de table » pour instruments à vent vont nous offrir, avec d'autres rappels curieux du style de la présente sonate, un emploi du contrepoint bien inattendu, et absolument pareil à celui que nous rencontrons ici. C'est comme si cette sonate avait brusquement fait surgir, au cœur du jeune homme, un remords de l'indigence musicale de son style nouveau, et un désir de le relever tant soit peu au moyen de ses faciles, mais solides et voyantes imitations.
La sonate, où la partie d'orgue est toujours encore chiffrée, et ne se
distingue des basses que par l'inscription tasto solo placée au-dessus de certains passages (comme déjà dans la sonate n° 132), se compose de deux sujets, dont le premier est formé, lui-même, de deux phrases distinctes dans le même ton, tandis que l'autre, en fa, donne lieu à la série d'imitations que nous avons dite, un petit rythme très simple étant exposé tour à tour par le premier violon, l'orgue, et le second violon . Puis vient une longue ritournelle aboutissant, en coda, à une nouvelle figure rythmique à l'unisson. Après quoi le développement reprend cette figure, toujours à l'unisson, mais bientôt s'amuse à en combiner les éléments avec la seconde phrase du premier sujet : ce qui produit, de nouveau, une série d'imitations, et même plus libres et originales que celles du second sujet. Encore ce développement est-il très court, et nous avons dit déjà que la rentrée qui le suit reproduit exactement, note pour note, toute la première partie du morceau.
L'instrumentation n'a rien d'intéressant. Les deux violons marchent ensemble, accompagnés par les basses et l'orgue, sauf dans les passages en contrepoint, où les trois voix sont traitées, pour ainsi dire, abstraitement, sans aucun égard pour leur timbre propre.