Salzbourg, janvier
Serenata notturna en ré, pour deux petits orchestres, dont l'un est formé de deux violons principaux, un alto et une contrebasse, l'autre de deux violons, un second alto, un violoncelle et des timbales.
Ms. dans une collection à Londres.
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Marcia : maestoso. — Menuelto et trio (en sol, pour quatuor à cordes). — Rondo : allegretto, adagio, allegro.
Ce petit ouvrage, dont la date nous est donnée sur l'autographe, se rattache encore, par bien des points, au style de Mozart en 1775. Le rondo, notamment, bien qu'il ait déjà cessé d'être orthographié à la française, rappelle encore les rondeaux fantaisistes des concertos de violon, avec, au milieu, un adagio suivi d'un intermède allegro. Et c'est aussi l'humeur inventive de 1775 qui semble reparaître, une Ibis de plus, dans la conception de cette petite sérénade pour deux orchestres, dont on ignore tout à fait la destination. Peut-être Mozart aura t-il voulu offrir une surprise, pour la nuit du nouvel an, à sa sœur, quil honorera d'une sérénade le jour prochain de son anniversaire de naissance n» 201 : on bien encore aux jeunes fdles de cette famille des Lodron à qui nous verrons qu'il ne cessera pas de vouloir plaire durant toute l'année 1776? En tout cas, nous devons noter dès l'abord qu'il ne s'agit là (pie d'une œuvre infiniment simple, sous sa complication apparente. Los deux orchestres réunis se composent, chacun, d'un petit quatuor à
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cordes, sans cors ni hautbois, à cela près que le second est renforcé d'une partie de timbales ; et tout le rôle de ce second orchestre se réduit, le plus souvent, à doubler les parties du premier, sauf parfois, pour lui, à répondre en écho, ou à remplir par une batterie les intervalles des diverses phrases. Évidemment tout l'effet de la sérénade ne résultait que du placement de ces deux orchestres assez loin l'un de l'autre de l'atmosphère un peu étrange que créait ce dialogue échangé, par exemple, aux deux extrémités d'un salon. Inutile d'ajouter que ni l'écriture des morceaux, ni leur instrumentation, n'ont rien qui contredise l'hypothèse d'une œuvre improvisée sans le moindre effort.
Telle paraît avoir été, d'ailleurs, la hâte de Mozart que, au lieu de faire précéder d'une marche son premier morceau, il a destiné sa marc tuà tenir lieu du premier morceau, si bien que la sérénade, après cette introduction traditionnelle, débute aussitôt par le menuet. La marche, maestoso, offre pour nous cette particularité curieuse que Mozart, une fois encore, y reprend son premier sujet au moment de la rentrée, tandis que, dans ses marches de 1775, il ne reprenait que le second sujet, ou parfois la ritournelle du premier : mais ici, par compensation, c'est la ritournelle du premier sujet qui se trouve coupée dans la rentl laquelle est, du reste, absolument pareille à la première partie. Dans les deux sujets de celle-ci, lu second orchestre double constamment le premier, avec deux batteries de timbales survenant tout à coup pendant la ritournelle du second sujet. Mais dans le développement, ou trio, le premier orchestre s'interrompt à deux reprises pour laisser la parole au second, qui reprend en écho l'accompagnement de la phrase pi dente, sous une batterie de timbales, et avec des pizzicati d'un effet singulier.
Dans le menuet, où la première partie se reproduit sans changement après la seconde, les deux orchestres ont des parties beaucoup plu> distinctes, etle chant se trouve confié alternativement a l'un età l'autre. La très courte partie intermédiaire, en vérité, appartient toute au premier orchestre : mais sa dernière phrase est répétée par le second à découvert, en forme d'écho. Quant au trio, réservé aux quatre voix du premier orchestre, et qui reprend, lui aussi, toute la première partie après la seconde, c'est un morceau chantant et gracieux, où le second violon accompagne en triolets le dessin mélodique du premier.
Le rondo, malgré ce retour a l'orthographe italienne, relève encore tout à fait du style de 1775; et il n'y a pas jusqu'à son thème qui ne garde l'allure et le rythme d'un refrain français, ce qui n'empêche Mozart de lui avoir donné, à lui-même, un petit refrain, qui va relier entre eux les divers épisodes. Ajoutons que ce thème et le premier intermède, comme aussi le bizarre adagio qui vient ensuite, servant de prélude au second intermède, sont presque entièrement réservés au premier orchestre. Le second intermède (équivalent au minore) est en sol majeur (de même que son prélude adagio), et voilà encore un souvenir du style de 1775, assez imprévu parmi les nombreux intermèdes mineurs de la fin de cette année et de l'année suivante!
Le rôle du second orchestre ne commence, proprement, qu'après l'intermède central, où c'est une batterie de cet orchestre qui sert de transition pour amener la rentrée du thème; et lorsque Mozart, après
avoir repris son premier intermède, imagine d'allonger son finale en reprenant aussi le second, c'est encore le second orchestre qui, ici, est chargé de reprendre la ligne mélodique de cet intermède (ramené dans le ton principal), sous un simple accompagnement du premier.
Ajoutons que, au point de vue de l'instrumentation, les deux violons jouent un rôle prépondérant, et que l'alto continue à doubler, presque toujours, l'une des autres voix.