Salzbourg, mars
Litanies de Venerabili Al tari s Sacramento. en mi bémol, pour
quatre voix, deux violons, alto, deux hautbois, deux flûtes, deux bassons, deux cors, trois trombones, basse et orgue.
Ms. à Berlin.
Andante -moderato Ky.ri . e e. lei.son.e .
Kyrie : andante moderato. — Panis vivus : allegro aperto en si bémol : solo de ténor. — Verbum caro factura : largo en ut mineur et Hostia sancta : allegro comodo en ut majeur. — Tremendum : adagio en ut mineur. — Dulcissimum convivium : andantino en fa (solo de soprano). — Viaticum : andante en sol mineur (tutti de soprani). — Pignus futurae gloriae : allegro. — Agnus Dei : andantino en si bémol (solo de soprano) et andante moderato en mi bémol.
Infiniment plus travaillée et d'une valeur musicale plus haute que la messe en ut de 1775, cette litanie (dont la date nous est donnée sur l'autographe) est encore imprégnée du même esprit tout mondain : de telle sorte que, avec toute sa science et toute sa beauté, elle a un caractère moins religieux que la litanie, déjà bien profane, de 1772, dont elle reproduit d'ailleurs la disposition générale sauf les deux petites différences que voici, nous montrant déjà Mozart tout prêt à s'émanciper de la dépendance où nous l'avons vu autrefois à l'égard des habitudes et traditions musicales de son père :
En premier lieu, l'un des soli ou airs de la Litanie, qui dans l'œuvre de 1772 se produisait sur les mots Panis omnipotentia Verbi, a maintenant pour occasion les mots Dulcissimum convivium. Mais surtout une nouveauté bien caractéristique nous apparaît dans ce fait que le jeune Mozart, malgré l'exemple de son père, a désormais renoncé à séparer les deux mots Tremendum et ac vivificum, nous faisant voir par là son peu de goût pour ces petits effets de traduction littérale qui, comme nous l'avons vu, avaient toujours vivement séduit l'àme ingénue de son excellent père.
Le contrepoint, en vérité, reparait dans deux des morceaux de la litanie : le Kyrie et le Pignus : mais, dans le Kyrie, il est très simple et tout superficiel; et le Pignus, avec toute sa science, conviendrait mieux pour un quator à cordes que pour un chœur d'église. D'autre part, l'accompagnement recommence à prendre la place dominante dans les chœurs homophones : mais il est traité avec un art si délicat, et le chant lui-même est d'une grâce si simple et si pure que cette litanie se rattache directement aux œuvres instrumentales de Mozart en 1776, et que, faute d'être de véritable musique religieuse, elle a déjà quelque chose du merveilleux recueillement poétique des messes que Mozart va écrire dans les derniers mois de la même année.
Le Kyrie est tout fait d'alternances de soli et de tutti, comme aussi de passages homophones et de faciles imitations. Ce Kyrie n'a point la coupe régulière d'un morceau de symphonie : mais ses premières mesures sont reprises en coda à la fin du morceau. Le Panis vivus et le Dulcissimuvi convivium sont deux airs à roulades, traités dans le style habituel de l'école napolitaine. Le chœur du Verbum caro factum et les soli mêlés de chœurs de YHostia sancta rappellent tout à fait, par leur chant et leur accompagnement, les compositions instrumentalede la même période; et il n'y a pas jusqu'au Tremendum, avec ses effets pathétiques, accompagnés d'une figure modulante des violons, qui n'ait le caractère des beaux audantes pathétiques des cftwi I ments de cette même année. Au contraire, le Viaticum, chanté par les soprani seuls, est visiblement un effort pour revenir aux traditions de la musique religieuse. L'orchestre s'y borne à accompagner le chant, d'ailleurs avec une variété de timbres remarquable et des modulations d'une simplicité très expressive; et le chant, sans aucun ornement mondain, expose et développe noblement la mélodie liturgique du Pange lingua. Le Pignus est un fugato libre à deux sujets, d'un travail très savant mais tout instrumental, et qui. avec la grâce abandonnée de sa mélodie aussi bien que de ses imitations, fait songer a quelques-uns des plus beaux morceaux en contrepoint des derni> œuvres de musique de chambre de Mozart. L'Agnus Dei commence par un grand et bel air de soprano, tout rempli de traits de virtuosité- . après quoi Mozart, comme il l'a fait dans sa Messe de 17T5, reprend, pour finir sa litanie, le Kyrie initial, un peu abrégé, et suivi de quelques mesures de coda.
Quant à l'instrumentation, toujours très soignée et très élégante, nous nous bornerons à signaler, parmi ses effets les plus remarquables, l'emploi libre de deux bassons et de trois trombones dans le Tremendum, celui de deux flûtes et de deux bassons dans le Dulcissimum, et l'extrême importance des vents dans le Viaticum, où les trois trombones susdits dessinent le chant, accompagnés par les hautbois, les bassons, les cors, et le quatuor des cordes en pizziccato. Enfin VAgnus s'ouvre par un beau chant du hautboissolo et du violoncelle solo, accompagnés par le reste des cordes.