‹ W.-A. MozartChapitre 81 sur 153 · Salzbourg, avril ou mai · texte numérisé non relu

Salzbourg, avril ou mai

Grande messe en ut, pour quatre voix, deux violons, deux hautbois, deux cors, deux trompettes, basse et orgue.

Ms. à Berlin.

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I. Kyrie : allegro. — II. Gloria : allegro spiritoso. Andante (Qui loilis) et allegro (Quoniam lu solus). — III. Credo : allegro ; adagio ma non troppo en fa (El incarnatus); allegro molto (Et resurrexit) ; allegro en sol (Et in spiritum); allegro en ut (El unam sanctam). — IV. Sanctus : andantino. — Benediclus : andantino en fa. — V. Agnus Dei : andante et allegro (Dona ?iobis).

De la date de cette grande messe solennelle, ûoua savons seulement, par une copie ancienne, qu'elle a été composée en 1776 : mais elle ne peut pas dater des derniers mois de cette année, puisque nous possédons déjà trois messes qui appartiennent sûrement à cette brève période; et comme, d'ailleurs, son style la rapproche manifestement des Litanie* de mars 1776, et comme il se trouve que. durant cette année 1776 qui fut active et féconde entre toutes, tous les mois sont chargés d'oeuvres importantes à l'exception du mois de mai, qui, lui. nous apparaît absolument vide d'ouvrages datés, nous sommes en droit d'affirmer presque

sûrement que c'est bien en mai 1 776 que Mozarl a consacré tout son temps à la composition de cette messe, deux mois après ces grandes litanies dont elle est pour nous comme la suite directe.

En effet, l'auteur de cette messe se montre à nous absolument tel que nous l'avons vu dans les litanies : c'est toujours un musicien tout profane, qui s'occupe beaucoup plus de l'agrément extérieur de sa musique que de son expression religieuse, et qui, tout en se complaisant à étaler sa science du contrepoint, n'emploie jamais celui-ci que d'une façon épisodique, tandis que le fond de son langage musical reste un chant homophone constamment nuancé et modulé, sous un accompagnement instrumental aussi varié que possible. Mais la différence entre les deux compositions est que, dans cette messe évidemment écrite pour une fête solennelle, Mozart s'est appliqué, bien plus encore que dans les litanies, à faire montre de tout ce qu'il savait : de telle sorte qu'il y a peu de ses messes qui, pour la richesse du travail comme pour l'ampleur des lignes, soient comparables à celle-ci. Tous ses morceaux témoignent d'une application extraordinaire; chacun nous offre un intérêt d'un ordre différent : on pourrait tenir l'ensemble de la messe pour un résumé complet des procédés et des ambitions de la musique religieuse du temps. Les épisodes en contrepoint y sont fréquents, tout en continuant à se distinguer nettement des passages homophones ; et nous les y voyons sous les formes les plus diverses, imitations, canons. fugatos, fugues, etc. De même les procédés de l'orchestration sont d'une variété extrême, depuis le simple accompagnement jusqu'à des passages où l'orchestre domine le chant, depuis des traits continus de violons jusqu'à des passages fournis commejdes morceaux de symphonie, et remplis d'imitations savantes et imprévues. Ajoutons que, cependant, Mozart semble désormais se rendre bien compte du danger d'une orchestration plus importante que le chant qu'elle accompagne : toutes proportions gardées, sa musique religieuse, depuis la messe en fa de 1774, n'accorde plus à l'accompagnement le rôle prépondérant que nous avons signalé dans les œuvres précédentes. Et le chant lui-même, dans cette messe comme dans les suivantes, atteste une préoccupation constante de l'effet vocal, tout au moins dans les passages homophones. Mais, avec tout cela, cette messe n'a pas, d'un bout à l'autre, le charme léger des litanies, ni le recueillement poétique des messes suivantes : on y sent trop l'effort, et un effort étranger aux préoccupations habituelles de Mozart durant cette période.

Le Kyrie, après un long prélude instrumental, débute par un chœur en imitations; et le motif de ce chœur se développe à travers tout le morceau, jusqu'au moment où une reprise ramène le début du Kyrie. Détail à signaler : suivant le procédé ordinaire de Mozart en 1776. ce n'est qu'à la fin du morceau que reviennent, sous leur forme primitive, les deux premières mesures du Kyrie.

Le Gloria a un caractère plus homophone, et les soli y alternent avec le chœur; le Qui toi lis est un amiante chanté par le chœur avec une série de modulations expressives; puis le Quoniam tusolus reprend le thème du Glona, mais en abrégeant les premières mesures de celui-ci; et bientôt le CumSancto Spiritu amène un grand fugato, quelque peu aride, mais où déjà l'orchestre ajoute son contrepoint à celui des voix.

Dans le Credo, dont la première partie est homophone et assez insignifiante, YEt incarnatus donne lieu à un quatuor vocal en imitation accompagné d'un chant expressif de l'orchestre ; YEt resurrexit ramène le mouvement, sinon les rythmes du Credo jusqu'à YEt m Spiritum, où un long solo de l'orchestre est suivi d'une alternance de soli et de chœurs; et le thème initial du Credo reparaît, entièrement repris, aux mots Et unam sanctam, pour aboutir à la grande fugue de YEt vitam venturi sseculi. Celle-ci, très étendue, très savante, et d'un caractère tout classique, a pour contre-sujet un thème que Mozart a appris à connaître, dans son enfance, lorsqu'il a étudié le premier recueil des sonates de clavecin de Chrétien Bach. Ce thème est en effet, celui d'un fugato en ut mineur qui forme 1' allegro moderato de la sixième sonate du recueil ; et maints des développements qu'en a tirés Mozart rappellent des passages du morceau de Chrétien Bach.

Le Sanctus, très simple en comparaison des morceaux précédents, forme un même tout avec le Pleni sunt et YHosanna, celui-ci traité en contrepoint. Le Benedictus a un Hosanna distinct du précédent, et dont le thème s'oppose, sans cesse répété, à la cantilène qui sert de thème propre au Benedictus.

UAgnus Dei, très original et touchant malgré sa brièveté, est fait, lui aussi, d'une série alternée de passages homophones et d'imitations, avec une reprise des premières mesures en coda. Enfin le Dona nobis, traité en morceau de sonate, est très simple, évidemment improvisé, comme semblent l'être d'ailleurs tous les derniers morceaux de la messe.

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