Salzbourg, août
Divertimento à six (musique de table) en fa, pour deux hautbois,
deux cors et deux bassons.
Andante
Ms. à Berlin.
Tema con variazioni : andante. — Menuetto et trio (en si bémol). — Allegro assai.
L'autographe de cette « musique de table », la quatrième de la série, porte l'inscription : Divertimento IV del Sgr. Caval. A. W. Mozart nel Agosto 1776. Mozart, après avoir employé précédemment les trois tons de fa, si bémol, et mi bémol commence ici une nouvelle série dans les mêmes tons, dont les deux numéros suivants ne seront d'ailleurs composés qu'en 1777. Au point de vue de sa coupe extérieure, cette « musique de table » nous montre la même liberté que la précédente : mais elle ne contient plus que trois morceaux, sans doute en raison de la longueur du premier. Et quant à son style et à l'esprit qui l'anime, nous avons dit déjà qu'une différence assez marquée la sépare du n° 257 pour nous faire supposer un intervalle de plusieurs mois entre les dates de leur composition. Les idées, ici, ont ce mélange délicieux de simplicité et de beauté poétique que nous a offert, par exemple, Vandante du concerto de la sérénade de Haffner ou celui du divertissement écrit pour la sœur ; et si les divers instruments n'ont pas encore des rôles bien actifs, du moins leur travail est-il sensiblement plus important que dans le n° 257, où un seul basson aurait suffi pour accompagner le chant du premier hautbois.
Le premier morceau est un andante varié dont la forme rappelle beaucoup celle du menuet varié du divertissement n° 261. De part et d'autre, le thème transparaît toujours assez nettement sous les variations, toutes en majeur, et se bornant surtout à un gracieux effort d'ornementation : de part et d'autre, aussi, Mozart fait consister sa dernière variation en une reprise textuelle du thème, mais avec un mouvement plus rapide. La seule différence est que, ici, nous découvrons plus manifestement l'intention de mettre en valeur, tour à tour, chacun des six instruments.
Le thème est un petit chant rythmé, d'une douceur exquise, avec un second couplet terminé par une reprise variée de la dernière moitié du couplet précédent. Ce chant est confié surtout au premier hautbois, et tous les autres instruments prennent une part différente à l'accompagner. Dans la première variation, le rôle concertant du premier hautbois est encore plus accentué ; dans la seconde, le premier hautbois dessine le chant, presque d'après la ligne mélodique du thème, mais le rôle principal appartient ici à une charmante figure d'accompagnement en triolets, que le second hautbois et les deux bassons se partagent, d'un bout à l'autre de la variation, avec une liberté pleine d'imprévu. Dans la variation suivante, — où le rythme du thème est un peu plus modifié, et revêtu d'une allure coulante que Mozart reprendra dans le dernier finale de sa Flûte enchantée, — le premier basson se charge du chant, doublé par le premier hautbois, et accompagné par le second basson et le second hautbois. Les cors, dans cette variation, se taisent, mais ce sont eux qui dominent, au contraire, dans la suivante, où ils ne cessent point de chanter avec les deux hautbois, tandis que les deux bassons, en une sorte de dialogue continu, semblent se rejeter l'un à l'autre une même figure d'accompagnement. Enfin la cinquième variation reçoit un mouvement adagio, et le rythme de 2/4 y est changé en celui de 3/4. Le chant, très proche du thème, mais avec une expression nouvelle de noblesse généreuse et de solennité, est exposé par le premier hautbois en collaboration avec le pre-
mier basson, qui dessine au-dessous de lui une espèce de contre-chant en mouvement contraire. Après quoi le manuscrit porte, comme nous l'avons dit, l'indication : Var. VI, Il tema, ma allegretto.
Le menuet qui suit est d'un caractère tout rythmique, avec un accompagnement presque toujours confié au second basson. Mozart y reprend toute la première partie après la seconde ; et de même il fait aussi dans le trio en si bémol, dont l'allure dansante et légère s'oppose à la gravité mesurée du menuet précédent. Ce charmant trio est déjà le prototype de ces valses que seront souvent, dans la suite, les trios de Mozart. Au contraire du menuet, le premier hautbois y est seul à dessiner le chant, tandis que les cinq autres instruments l'accompagnent.
Quant au finale, c'est un de ces petits « morceaux de sonate » que Mozart employait volontiers pour terminer ses « musiques de table », et que l'on serait tenté de prendre pour des rondos interrompus en chemin. Un seul sujet, exposé à l'unisson et répété deux fois; puis, après les deux barres, un autre sujet tout nouveau, en développement, suivi d'une transition où recommence à se pressentir le rythme du premier sujet; et celui-ci revient, sans aucun changement, pour aboutir à de nouvelles barres de reprise après lesquelles s'ouvre une longue coda sur le rythme du premier sujet, — moins longue ici que dans le n° 257, mais non moins amusante et rapidement emportée, avec une alternance multipliée de forte et de piano.