Salzbourg, été de
Rondeaux de concerto en si bémol, pour violon avec accompagnement de deux violons, alto, deux hautbois, deux cors et basse.
Allegro
Ms. à Berlin.
Ce rondo ne porte point de date, sur l'autographe : nous savons seulement, par une lettre de Léopold Mozart, écrite le 25 septembre 1777, qu'il s'agit là de « rondeaux faits pour Brunetti », tout de même que Yadogio n° 266 ; et bien que l'orthographe française du mot rondeaux, tel qu'il figure en effet sur le manuscrit, puisse d'abord nous faire penser à l'année 1775, le style du morceau nous prouve indubitablement que celui-ci a dû être composé dans l'été de 1776, en même temps que les rondos du divertissement pour la sœur n° 261 et du trio avec piano n° 264. Quant à la destination du rondo, sur ce point encore aucun doute n'est possible : Mozart l'a écrit pour remplacer le finale de son premier concerto de violon n°222, et cela non point, comme Yadagio n° 266, parce que le violoniste Brunetti trouvait le morceau primitif trop long ou trop difficile, mais parce que ce finale du concerto en si bémol, seul de toute la série, n'avait point la coupe du rondo, désormais considérée comme indispensable pour tous les finales de concertos. Aussi bien Mozart allait-il, plus tard, substituer pareillement un rondo à l'un des plus magnifiques de tous ses finales de concertos celui de son premier concerto de clavecin en ré, n° 192.
Comme nous l'avons dit, ce délicieux rondo en si bémol nous offre toutes les particularités du style de Mozart au plus beau moment de sa grande période « galante » de 1776. Au lieu de la forme disparate et rapsodique des rondos de 1775, il est écrit avec une préoccupation manifeste d'unité intime, et le jeune homme, afin de rendre plus profonde cette impression d'unité, a imaginé ici, comme dans plusieurs autres rondos de la même période, un procédé à la fois très simple et très ingénieux, consistant à relier entre elles toutes les parties du morceau au moyen de retours incessants d'une même petite figure mélodique, — cette fois, d'une ritournelle achevant l'exposé du thème. Cette ritournelle reparaît après le premier intermède, préparant la rentrée complète du thème; elle reparaît en mineur après le grand intermède central, et c'est elle encore qui, après le troisième intermède, sert à amener un curieux passage modulé précédant la dernière reprise du thème du violon solo.
Le thème, exposé d'abord par le soliste, suivant l'habitude constante de Mozart pour les finales, est suivi d'une ritournelle d'orchestre dont le rythme vif et passionné rappelle beaucoup certains passages du premier petit chœur de Don Juan. Le premier intermède, en si bémol, n'est tout entier qu'un chant de violon, discrètement accompagné par l'orchestre; le second, entamé par le soliste sans accompagnement, débute en mi bémol, mais module bientôt en mineur, pour aboutir, comme nous l'avons dit, à une reprise en mineur de la gracieuse figure finale du thème; et à ce grand intermède central, Mozart, suivant son habitude de 1776, en ajoute encore un troisième, plus petit, où le violon dessine, au-dessus de l'orchestre, une légère broderie en un rythme continu de doubles croches. Puis, avant une reprise variée du thème par le soliste, qui maintenant le reprend en partage avec les hautbois, un nouveau retour de la figure susdite est suivi, comme nous l'avons dit, d'un intéressant passage très modulé, et d'un caractère pathétique destiné à faire mieux ressortir l'enjouement de la reprise qui vient ensuite. A cette reprise succède la cadence
ii. a
facultative, après laquelle Mozart reproduit complètement le thème du rondo avec sa ritournelle, et toujours encore exposé, au début, par le soliste. Comme l'on voit, ce rondo a la forme des anciens rondos italiens de Mozart, sans reprise d'aucun des intermèdes dans sa dernière partie : mais cette forme abrégée aura sans doute été conseillée à Mozart par le désir de conserver pour le finale de son concerto une longueur proportionnée à celle des deux morceaux précédents.
Ajoutons que, ici comme dans l'adagio, la partie du violon solo est sensiblement plus facile que dans les autres morceaux des concertos de Mozart : tout au plus y trouve-t-on, çà et là, de ces grands écarts que le jeune homme imposait volontiers aux violonistes, naguère, dans ses morceaux produits sous l'influence viennoise, et qui, sans doute, devaient être l'un des artifices préférés du médiocre virtuose de la cour de Salzbourg.
Nous avons dit déjà que les hautbois, se substituant aux violons, partageaient avec le violon solo une des reprises du thème. Dans le reste du morceau, leur rôle est assez insignifiant, de même que celui des cors ; et toute l'orchestration, d'une façon générale, est très simple, avec un caractère évident de hâte improvisée.