‹ W.-A. MozartChapitre 96 sur 153 · Salzbourg, septembre · texte numérisé non relu

Salzbourg, septembre

Récitatif et air en rondeau, pour alto avec accompagnement de deux violons, alto, deux hautbois, deux cors et basse.

Andante

Ms. chez le duc de Saxe-Cobourg à Gotha.

Récitatif : andante : Ombra felice en fa. — Rondeau : andante moderato : Io ti lascio (en fa) et allegro assai : Il piû barbaro. — Paroles d'une Didone abbandonata.

Ce morceau n'était nullement destiné a être chanté seul dans un concert, comme le pensait Jahn. Le texte en est emprunté à une Didone abbandonata composé par l'italien Michel Morlellari, élève de Piccinni ; et c'est évidemment pour remplacer un air de Mortellari, pendant une représentation de l'opéra à Salzbourg, que Mozart a écrit cet air, à la demande d'un castrat nommé Fortini, qui faisait alors partie de la chapelle archiépiscopale. Les paroles du récitatif, exprimant la douleur d'un adieu, sont traduites avec beaucoup de justesse, et leur accompagnement, relativement très discret, achève de marquer l'émotion du personnage. Quant à l'air, il est traité en rondeau à la française, comme deux airs que nous avons vus dans le Ile Pastore; c'est-à-dire qu'il se compose de deux sujets alternés, dont l'un reste non varié, tandis que l'autre est exposé dans des tons différents, et avec des variations assez importantes. Le premier sujet, andante moderato, sert à dire : « Je te laisse, et Dieu sait si je te reverrai ! » Le second sujet, allegro assai, est sur des paroles qui disent : « Justes dieux! a-t-on jamais souffert un tourment plus barbare ? » mais Mozart, par un véritable trait de génie, a imaginé de donner à chacun de ses deux sujets une sorte de refrain tragique, toujours varié, sur les mêmes paroles : « Je pars, je te laisse, ô supplice ! l» Ce refrain s'emploie excellemment à relier entre

i. Nous avons vu déjà, dans les nM 259, 264 et 267, que Mozart, dans ses

elles les reprises des deux sujets, dont chacun est d'abord répété deux fois. Le premier est d'un rythme chantant, et assez insignifiant, un vrai thème de rondeau ; le second est d'une expression très passionnée, avec des modulations d'une grande beauté. Puis, quand les deux sujets ont été répétés deux fois, Mozart les ramène deux fois encore, mais abrégés, et en intervertissant l'ordre de leurs thèmes : cela pour former une strette, et peut-être aussi pour traduire les hésitations d'Enée, qui ne peut se résigner à quitter sa maîtresse. L'accompagnement, dans l'air comme dans le récitatif, est plus réservé qu'il ne l'est d'ordinaire chez Mozart ; mais le chant, par contre, est d'un caractère vocal très particulier, — tout en étant très simple, sans aucune cadence, ce qui suffirait à prouver qu'il ne s'agit point là d'un morceau de concert, — et très bien adapté aux ressources propres d'une voix d'alto. Nous sentons là que Mozart, vers la fin de 1776, et probablement sous l'effet de son retour à la musique religieuse, recommence à se préoccuper du rôle et des exigences de la voix humaine.

Notons encore que la partie de la basse est chiffrée, ce qui indique que, suivant l'usage ancien, le maître de chapelle du théâtre de Salzbourg tenait le clavecin tout en dirigeant son orchestre.

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