MENDIANTE A SA1NT-PIERHE DE RO.MK
W. Bouguereau vécut, pour ainsi dire, dans le couvent, l'église et la crypte de Saint-François; il eu copia toute la décoration de la coupole, où Giotto a allégorisé les vœux de l'ordre des Franciscains : la Pauvreté, la Chasteté et l'Obéissance, et où il a glorifié le sublime Poverello ; les peintures de Guido de Sienne, de Giunta de Pise, de Cimabuë, des disciples du (iiotto, Cavallini, Thadeo Gaddi, Puccio Capanna, Simone
■ s W. BOTJGUEREAU
Vlemmi, ci le Giottino. En raison de leur proximité de l'état de naïveté primitive, de leur amour exclusif et ardent de la nature, ces premiers maîtres lui paraissaient plus utiles à étudier que les chefs d'école, Pérugin, Fra Vngelico, Francia, etc., qui, ayant déjà atteint des sommets élc\és. en étaient moins accessibles à sa modestie. Mais, il laissa de côté la fresque d'Overbeck; elle lui a inspiré le mépris profond qu'il professe avec énergie pour toute cette main aise école religieuse moderne de I Allemagne, si banale et si triste dans sa fausse simplicité et dans son sentimentalisme conventionnel. \ l'ombre claire des blanches murailles de la basilique, dans la paisible solitude de la vieille cité qui semble dormir, en souriant, sous la garde du saint, le jeune peintre s'éprend de cette ligure superbe du Mon en âge, qui évoque toutes les sérénités et toutes les beautés de la nature, qui semble mettre encore du charme et de la tendresse dans ce ciel et dans ce paysage délicieux, aux délicates nuances de lumière et d'ombre, à la fois doux et sévère, où la vigne et l'olivier se mêlent au sapin et au chêne. Son àme d'artiste français va spontanément et d'instinct à celle du grand moine. François aimait le pays de France d'où son père avait rapporté son prénom pour en conserver le souvenir; il en parlait avec joie la langue, et en lisait avec enthousiasme les livres de chevalerie, qui devaienl faire un prince de l'Église de ce fils de marchand, et qui lui inspirèrent la fondation de cette chevalerie errante, protectrice, comme l'autre, des faibles, des humbles, et des opprimés. Devant sou tombeau creusé dans le roc, dans le jardin qui possède encore le buisson d'épines qui se couvrit de roses quand le saint s'\ roula pour résister à la tentation, W. Bougucreau lisait les « Fioretti ». où François chante le soleil et la lumière, prêche aux Heurs, aux poissons, aux oiseaux, et, nouvel Orphée, change en bonté la dureté des hommes, en douceur la férocité des loups. Aujourd'hui, cinquante ans après, le maître parle a\ec émotion de ce pèlerinage d'art, qui lui procura de si exquises jouissances, qui mil dans son imagination juvénile lanl de \ isions de poésie.
Le jeune artiste eut le regret de n'avoir pu séjourner quelque temps a On ielo. cet autre sanctuaire de l'art ombrien, pour \ étudier la chapelle du Dôme, où Luca Signorelli a peint les fresques immortelles de « la Fin
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VOYAGES EX ITALIE 3i
du monde », de « l'Antéchrist », de « la Résurrection », de « l'Enfer », et du « Paradis », que Michel-Ange voulut voir avant d'entreprendre son « Jugement dernier » .
D'Assise, W. Bouguereau alla à Padoue. Il passa de nombreuses journées à Santa Maria dell'Arena, devant les fresques de Giotto, --le plus précieux monument de l'aurore de la Renaissance italienne, — dans lesquelles le vieux maître a montré le mieux son goût pour la noblesse des figures et des gestes, sa recherche ingénieuse des expressions touchantes, et sa science à laquelle aucune tradition d'école, aucune préoccupation d'oeuvres concurrentes, n'a enlevé l'originalité et la saveur. De Padoue, il se rendit à Ravenne;et là, dans San Appolinare, dans San Vitale, au tombeau de Galla Placidia, il copia une partie des mosaïques anciennes, avec la préoccupation de remonter aux sources de la décoration des édifices religieux, pour laquelle il se sentait une vocation instinctive. A Venise, Titien, Véroncse et le Tintoret lui inspirèrent les mêmes sentiments que Michel-Ange et Raphaël, à Florence et à Home. Il les admire avec vénération, mais il ne songe pas à copier quelques-unes de leurs oeuvres. En Véronèse seul, il chercha à pénétrer les secrets techniques du coloris, de l'éclat qu'il présente sous une savoureuse douceur; et, ces secrets non trouvés hantent encore, dans sa vigoureuse vieillesse, le peintre toujours préoccupé de la perfection de son métier. W. bouguereau visita aussi le sud de I Italie pour compléter ses études d'art. Il s'arrêta, plus de deux mois, à Naples et à Pompéi. Il avait été séduit par les peintures décoratives de l'Ecole alexandrine, amoureuse de lumière et de couleur, à qui répugnent l'abstrait, le compliqué et le monstrueux, tout ce qui est douleur, fatigue et contrainte, et qui s'inspire plus de l'élégie et de l'idylle que du drame et de l'épopée. Il étudia avec joie, mais sévèrement, cette mythologie galante, si spirituelle et si charmante : les aventures de Mais et de Vénus, de Diane et d'Endymion, les Eros protecteurs fripons de bonnes fortunes, les douleurs peu cruelles des Hélène et des Calypso, les nymphes qui fuient vers les saules pour \ être poursuivies, et les fantaisies malicieuses et légères de peintres qui n'oublièrent point qu'ils peignaient dans le pays où est née l'atellane. Il voulait s initier profondément à la composition décorative antique: car,
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si elles sont d une exécution médiocre, ces peintures présentenl an \il intérêt par la science d'arrangement, par la simplicité «les moyens ilaus le résultat de brillants effets, et, surtout, en tant que reproductions d'oeuvres originales, dans lesquelles, a travers les ignorances et les maladresses «les copistes, perce, pour un œil intelligent, la personnalité de ceux (|iu les créèrent, avec I imagination la |>lus ingénieuse, avec le goût le pins lin et le plus délicat .
L'Ombrie et Pompéi ont été, ainsi, les sources fraîches et fécondes,
PORTRAIT DE «. ROUGUEREAU, FAIT \ [.ACADEMIE DE Mi V\(.l. l'\R S(l\ CAMARADE THOMAS, SCULPTEUR
où \\ . Bouguereau puisa les premières inspirations d'oeuvres, toutes de charme et d'élégance, qui, «lès ses débuts, allaient le mettre hors de page, et bientôt popularisèrent son nom.
\n commencement de l'année i854, il rentrait à Paris, apportant « le Triomphe <ln Martyr ». premier résumé de ses études des Quattrocentisti. Dans une lettre envoyée de Home, le ?3 décembre i853, à son oncle, le enré de Mortagne, on peut lire cette intéressante confidence relative à ce tableau : « Je rentre à Paris, rapportant, comme fruil de mes ('Indes, un tableau de treize pieds et demi dans sa pins grande largeur, et de vingt-deux figures pins grandes que nature. Il représente
\ OYAGES EjN ITALIE Ti
« le Triomphe du Martyr », ou « le Corps de sainte Cécile rapporté dans les catacombes ». J'espère avoir puisé à cette source d'idées une inspiration, sinon belle, au moins convenable. J'en termine en ce moment l'exécution. »
JEl M. FILLE DE CA.PBI
W. Bouguereau n'est jamais retourné en Italie. Les occasions lui en ont été souvent offertes, présentant les conditions les plus agréables à tous les points de vue : des voyages d'amis intimes avec qui il était en parfaite communion d'idées et de sentiments; il a toujours hésité, et, au dernier moment, il s'est dérobé, sous l'influence d'une préoccupation qu'il me définissait ainsi : « .lai toujours pensé que je trouverais grand profit et
V, W. BOUGUERE \ I
grande joie à visiter de nouveau lt^ musées, les galeries el les t ; i; 1 i s t ■ -, d'Italie, à revoir les o n\ res <\c> grands maîtres, par suite de l'expérience professionnelle (pie j'ai acquise; mais, j'ai toujours redouté de ne pas retrouver les impressions de fraîcheur et de bienfaisance, la suggestion d'enthousiasme, éprouvées pendant ce premier voyage de jeunesse. Je le refais par le souvenir, en imagination, quand j'en sens le besoin: et tout ce que j'ai étudié, autrefois, avec amour, repasse, pour ainsi dire, réellement, devant mes yeux, avec la netteté dune vision de la veille. D'ailleurs, aujourd'hui, il ne faut pas vagabonder, même pour s'instruire ; le travail e>t là : il faut travailler. » L'académicien, le professeur, a conservé de son séjour à la villa Médicis un souvenir attendri, tout de pieuse reconnaissance. I n jour, appelé par ses fonctions de présideni de 1 académie des Beaux-Arts à saluer publiquement les lauréats des Grands Prix de Home, au moment de leur départ, il leur disait avec émotion : « \ Ile/, étudier le génie ancien à ses sources les plus pures: allez chercher l'inspiration sous un ciel merveilleux, au milieu des enchantements de la nature et des arts, dans une \ illa hospitalière, pleine d'ombre et de poésie, dont aucun de nous, qui Taxons habitée, n'a pu oublier les attachantes séductions ».
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