L'ACADÉMIE DE FRANCE A ROME VOYAGES EN ITALIE. L'OMBRIE ET POMPÉI
A la lin de l'année i85o, W. Bouguereau parlait pour Home, en compagnie de Paul Baudry, du sculpteur Gumery, de l'architecte Louvet, et du graveur Bertinot, ses camarades de promotion. L'Académie de France, à ee moment, était dirigée par Alaux, membre de l'Institut, Fauteur de la décoration de la salle des Etats généraux, à Versailles. L'année suivante, Alaux fut remplacé par Schnetz. Pratiquant, dans renseignement oflieiel, les principes de son maître, David, le « Père Schnetz » entendait laisser toute liberté aux pensionnaires de l'Académie, mais il leur imposait une soumission absolue, et constante, aux règlements. Paul baudry, dans son éloge à l'Institut, rapporte que le directeur avait l'habitude de leur déclarer, dès le
■i\ \\ BOUGUERE \ I
premier jour : « L'école de Paris est la règle, Home est la liberté. Vos ailes ont pousse. essav e/.-lcs. lanee/.-\ ons hors du nid. Allez aussi loin et aussi haut que vos forces nous le permettent, mais pensez au règlement; ne l'oubliez jamais. Obéissez à ce (il léger que je tiens en main et qui \ous rappelle. »
Le Père Schnetz vénérai! fort les grands maîtres du passé; mais il les comparait ingénieusemenl aux neiges éblouissantes du Soracte, qu il admirait de loin, connue toutes les grandes choses, sans avoir jamais eu I envie d \ aller voir, Le souille pouvant lui manquer. La vie du jeune peintre, abandonné ainsi complètement à sou initiative, fut ce qu'elle avait été à Paris, une vie d étude, de travail et de recueillement.
Charles (iarnier, son camarade d'une pro- "./.. motion antérieure, écrivait de lui, un
jour, à propos de sa ténacité et de son énergie : « Depuis que Bouguereau avait quitté la villa Médicis, il ne pouvait se soustraire complètement à la plaisanterie ([ne nous lui avions faite à Rome; nous savions son travail, ses efforts, mais nous croyions que cela n'aboutirait guère, et nous l'avions surnommé Sisyphe. Le nom lui en était resté, et nous étions habitués à le voir toujours rouler infructueusement son rocher. Aujourd'hui, Sisv pheest arriv é au haut de la montagne, cl il y a planté son rocher assez, solidement pour qu'il ne craigne pas qu'il retombe. »
W. Bouguereau s'était lié intimement avec Alfred de Curzon, prix de Rome de
paysage; ils travaillaient ensemble, constamment, el se plaisaient à imaginer des compositions dans lesquelles le paysage
tenait nue grande place. Le jeune peintre dessin l'otn i.i niio.Mi'Hi m munii d'histoire prit goûl |)oui' le paysage, el il
VOYAGES EN ITALIE aï
s'y adonna. Ses cartons sont bondés de dessins à la plume et d'aquarelles reproduisant des vues de la campagne de Rome et des sites fameux de la région.
Conformément aux. règlements de l'Académie, il dut faire la copie d'une œuvre de la Renaissance; son choix se porta sur le « Triomphe de Galatée », de Raphaël. A cette copie s'est bornée l'étude technique des maîtres anciens qu'il avait sous les yeux dans les musées. Michel-Ange, Raphaël, et Léonard de \ iuci, lui paraissaient trop hauts et trop définitifs; il ne pouvait espérer les approcher jamais, en s'inspirant de leur idéal, en utilisant leurs procédés. Ceux qui suivirent ces grands génies avaient commencé la décadence; ils n'étaient donc pas à étudier. Le jeune peintre raisonnait la recherche de ses modèles non pas au point de vue de ses préférences, ni par sentiment, mais on tant qu'ils étaient en mesure de lui offrir des éléments d'observations d'esthétique et de technique, de nature à le conduire à des résultats, que lui-même atteindrait certainement puisque tes modèles les avaient obtenus, sans rien perdre de leur individualité, et en restant à la portée de ceux qui ne sauraient prétendre au génie. C'est ponr cela qu'il résolut de faire, pendant les vacances de la deuxième année, en Toscane et en Ombrie, un voyage qui devait lui offrir les moyens, de se livrer à ces études spéciales. Comme Paul Baudry, son compagnon de route, — avec les architectes Lebouteux et Louvet, — et, sans aucun doute, à la suite des conversations qu'il eut avec lui là-dessus, Bouguereau s'était épris vivement des Quattrocentisti. qui ont renouvelé I art par leur amour de la vérité, dessin pour le * triomphe du martyr »
\\ . UO( (.1 ERE \l
Les maîtres de l'École ombrienne, particulièrement, l'avaient conquis.
Il les aimait, et il les aime encore, de tout son cœur, pince que, connue l'a si bien <lil Paul Bourget, dans ses « Sensations d'Italie ». ils ont de l'âme par delà les habiletés techniques, et, ainsi, ils paraissent si nou-
I I M Ml III I \ C \MI' M. \l KOM \l\l
veaux, si jeunes, après tanl d'années, en dépit de la disparition <le toutes les conditions <>ù leurs œuvres lurent créées. Il s'installa à \ssise. pendant quatre semaines, au plus l'oit de l'été. Il avail pris pension, au prix de 35 sous par jour, dans une famille patriarcale. Le père était un ancien soldai du Premier Empire, qui avait le culte de Napoléon, et se plaisait à raconter les campagnes et les grandes