‹ W. BouguereauChapitre 11 sur 58 · ÉPISODES DE VIE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

ÉPISODES DE VIE PUBLIQUE

LA GARDE NATIONALE EN 1 8 'j 8 ET EN 1870-1871.

Uni-: \ie d'artiste, absorbé par le travail, ne vivant que pour son ait. n'ayant d'autre ambition que d'y progresser, et d'en montrer les témoignages sincères, n'est guère fertile en épisodes extérieurs notables. Toutefois, quand elle a été traversée par des événements aussi tragiques, aussi douloureux, que ceux qui ont marqué la jeunesse et l'âge mùr de notre peintre, il n'est point inutile de montrer la participation, plus ou moins directe et active, qu'il a pu y prendre; car cette participation, ayant toujours été une conséquence décisive de ses idées et de son tempérament, constitue une source précieuse d'informations psychologiques, qu'un biographe ne doit pas négliger. En i8^8, W. Bouguereau fit partie de la Garde nationale et fut mêlé aux événements de Mai et de Juin. Dans son Mémorial, il mentionne, ainsi, avec émotion, la journée du i5 Mai : « Le tambour bat et appelle aux armes les citoyens; que s'est-il donc passé? Telle était la

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question que tout le inonde s'adressait; des bruits courent que l;i Chambre a été envahie. A cette réponse, chacun s'empresse de courir s'armer. Des colonnes nombreuses se forment ei attendent des ordres. Chacun conjecturait, supposail que, etc., etc. Enfin, le colonel |>;isse au grand galop. S;i figure était bouleversée et portait l'empreinte d'une forte agitation; la fureur et la rage se peignaienl sur ses traits. Il lit faire une distribution de cartouches et ordonna la marche. Lorsque nous le revîmes, il portait le bras droit en écharpe. Nous défilons vers le Palais des représentants. » En juin, W . Bouguereau se battit contre les insurgés, aux côtés d'un de ses camarades d'atelier, Pils. qui s'était fait, spontanément, lui aussi, inscrire sur les contrôles de la (larde nationale, estimant que o l'art ne peut fleurir au milieu des tempêtes ».

Les sanglants événements de i<S'|<S laissèrent, dans l'âme du jeune homme, une profonde aversion pour la politique et pour les politiciens: il résolut de toujours se tenir soigneusement à l'écart du monde qu'ils constituent, n'offrant et ne demandant jamais rien qui pût ressembler à une affirmation, publique ou privée, d'opinions pour ou contre un régime quelconque. L'Empire ne le rencontra ni parmi ses fidèles enthousiastes, ni parmi ses irréconciliables opposants. Toute sa vie, il a désiré et a entendu rester un simple citoyen, ardemment passionné pour la gloire et pour la prospérité (\\\ pays, partisan de l'ordre et de la paix dans la rue et dans les esprits, afin que chacun puisse travailler et puisse jouir des fruits de son travail.

Dès le début i\u Siège de Paris, en 1870, quoiqu'il fût exempt de tout service militaire actif par son âge, cl comme ancien pensionnaire de I académie de Erance à Home. W . Bouguereau s'engraerea dans la Garde nationale, ainsi qu'il I avait fait en tcS'|<S. Il appartenait au bataillon commandé par Bergerel . le futur général de la Commune, et où il eut pour camarades les deux frères Flourens. Il lit son devoir, du commencement a la fin, avec une patriotique ponctualité, se pliant le plus simplement du momie a toutes les corvées, supporiant stoïquement les souffrances physiques el morales, soutenu à la fois par un tempérament vigoureux, et par l'espérance vivaee que tant d'héroïsme dans la population devait aboutir a sauver Paris. Dans la correspondance qu il put avoir , par

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