‹ W. BouguereauChapitre 14 sur 58 · ETUDE · texte numérisé non relu

ETUDE

pour « l'adoration DF.S MAGES »

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jour pour jour. W. Bouguereau écril celte lettre, d'un énergique patriotisme : • Quoi qu'il en soit, Paris reste ferme, et est bien décidé à résister jusqu'au dernier morceau de pain; et dût mon repas de ce soir être considéré comme un balthazar de l'avenir, je ne nie plaindrai pas. Il faut aller jusqu'au bout. Malgré le chagrin et l'inquiétude que me cause notre séparation, malgré l'isolement où je nie trouve, je ne puis qu'applaudir à la résolution de notre gouvernement. Si la France doit succomber définitivement, il faut que l'éclat de sa chute égale sa grandeur passée; elle peut expirer dans le sang, niais elle ne doit pas s'éteindre dans la houe. Paris pour sa part ne manquera pas à ce devoir; et puis il nous reste la dernière consolation des malheureux, l'espérance! si petite qu'elle soit. »

Un j«>ur. vers la fin du Siège, le fameux commandant du bataillon s'invita chez W . Bouguereau. L'artiste put lui faire les honneurs d'une boîte de conserves de petits pois. Séduit par la bonne grâce de son hôte. Bergeret ne tarda pas à se laisser aller à des confidences. L'avenir pour lui se présentait sous les couleurs les plus noires. La guerre finie, qu'allait-il devenir? II n'avait ni métier, ni profession, ni situation pouvant lui assurer môme simplement du pain. Et, résumant ses tristes pressentiments, il déclara (pie, s'il était peintre, il aimerait à faire un tableau représentant : « un homme d'Age mûr, plein de vigueur et d'intelligence, à lamine fière, qui gravit la pente abrupte d'une montagne: il doit s'accrocher des pieds et des mains aux rochers et aux buissons qui retiennent des monceaux de cadavres; il arrive au sommet, rompu, brisé, les membres et la ligure en sang. Et, au moment où il \a interroger l'horizon, son pied glisse, et il retombe dans le précipice, en poussant \m\ cri de désespoir. » On sait la fin tragique de Bergeret, dans les derniers jours de la Commune.

La dernière lettre que l'artiste adressa à sa famille est datée du 26 janvier : « Je voulais t'écrire hier, ma bien chère mère, mais je n'ai pas pu. J'ai eu quelques visites à faire, et des précautions à prendre. dans Je cas où, comme on le craint, nous serions arrivés au bout de nos vivres. Si c'est vrai, ce sera un dur moment, plus dur que tous ceux que nous axons passés. Les uns poussés par la famine voudronl se

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