‹ W. BouguereauChapitre 15 sur 58 · LA GARDE NATIONALE EN · texte numérisé non relu

LA GARDE NATIONALE EN

rendre, d'autres ne le voudront pas; quant à moi, je ne puis rien dire; ce que je sais bien, c'est que dans aucun cas je ne voudrais tirer un coup de fusil ni sur un parti ni sur l'autre. Sur les Prussiens, oui; sur des Français, non, surtout en pareille circonstance. Ceux qui voudront se rendre seront mourants de faim, ceux qui ne le voudront pas préféreront la mort à la honte. En honnête homme, ma conscience me dit d'éviter de m'en mêler. »

A la fin du siège, lorsqu'il fut définitivement question d'une capitulation, W. Bouguereau réussit à obtenir un passeport de sortie, comme candidat aux élections pour l'Assemblée nationale dans le département de la Charente-Inférieure. Il gagna Juvisy à pied, un morceau de pain dans sa poche pour tout approvisionnement; là, grâce à son passeport, il fut autorisé à monter dans un train militaire allemand, qui le transporta à Orléans, où il mangea à sa faim, dans un hôtel, — ce qu'il n'avait pas fait depuis longtemps. — On le prit pour un de ces nombreux espions allemands qui avaient quitté Paris, par précaution, avant la lin du siège, avec la connivence des assiégeants; et on lui aurait fait un mauvais parti, sans la rencontre opportune d'un Parisien qui le connaissait fort bien, M. Félix, le grand couturier du faubourg Saint-Honoré. Par Fours, Port-de-Piles et Poitiers, en quatre jours, W. bouguereau parvint à Fa Rochelle, où son arrivée, annoncée par dépêche, fut un événement. On se précipita chez ses parents, pour avoir des nouvelles de Paris ; au cercle de la \ille, il raconta, à rétonneincnt général des auditeurs, les tragiques épisodes du Siège, les batailles, sanglantes et inutiles, qui avaient été li\rées autour de la capitale; et il fit connaître le rôle néfaste du général Frochu. Il ne donna pas suite à son projet de candidature à l'Assemblée nationale ; il passa la Commune à Fa Rochelle, au milieu de sa famille, et reprit avec joie ses pinceaux, qu'il avait abandonnés depuis plus de six mois.

Fes autres événements et incidents de la vie de W. Bouguereau ne se rapportent qu'à son métier. En 18Ù9, le Gouvernement impérial

le nommait chevalier de l'ordre de la Légion d'honneur; en 187O,

\V. B0UGUEREA1

il était promu au grade d'officier; et, en i885, à celui de commandeur. L'Académie des Beaux-Arts l'accueillait, eu 1876, par une élection faite dans des conditions peu communes : au premier tour de scrutin, il obtenait 2 i voix contre 10 accordées à ses cinq concurrents, qui étaient Bonnat, Laugier, Landelle, Timbal et Jalabert. « Jure membre de l'Institut, me dit-il, est le seul honneur public que j'aie ardemment ambitionné. » Depuis i883, \\ . Bouguereau est président de la Société des peintres, sculpteurs, architectes et graveurs, fondée par le baron Taylor.

Dès son entrée à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, W. Bouguereau s'adonnait avec passion à la lecture des ouvrages de la bibliothèque contenant des biographies de peintres célèbres ; et il y puisait l'ambition de décorer, à leur exemple, des monuments, quand il serait devenu un artiste connu. On a vu, aux pi'écédents chapitres, quelles études sérieuses il fit à Assise, à Padoue, à Ravenne et à Pompéi, pour acquérir la science de la décoration. De retour en trance, il saisit avec enthousiasme la première occasion qui lui fut offerte de réaliser son ambition. A peine arrivé dans sa famille, à La Rochelle, pour se reposer du long voyage, il reçut de Mme Monlun, sa protectrice, la commande de quatre panneaux pour une villa, au village d'Angoulins. Il choisit pour sujet les « Quatre Saisons ». Ces

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