‹ W. BouguereauChapitre 2 sur 58 · ETUDE POUR LA DECORATION' DE L EGLISE SAINT-AUGUSTIN · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LA DECORATION' DE L EGLISE SAINT-AUGUSTIN

bois et dans la pierre tendre, toutes sortes d'engins de travail rustique et des coques de bateau. Quelques-uns de ses camarades ont religieusement conservé de ces ouvrages comme souvenirs d'enfance.

Cette instruction élémentaire achevée, on songea, en raison de son intelligence exceptionnelle, à le pousser plus loin. Le curé de Mortagne consentit à le prendre et à lui enseigner les rudiments du latin. Ce fut pour l'enfant une grande joie. Cinquante ans plus tard, il rappelait à son vieil oncle, dans une lettre émue, les souvenirs qu'il avait gardés de son entrée et de sa première journée au village : « Je me vois encore faisant le voyage de Saujon à Mortagne en croupe derrière Brouillard. Je me rappelle le froid que j'avais avec mon pantalon remontant jusqu'aux genoux par suite du trot de la pauvre bète qui m'emportait; l'accueil que tu me fis. le bon feu et l'excellent repas que je trouvai ; puis mon lit bassiné par ma pauvre tante Amélie, douceur que je n'ai goûtée ni avant ni depuis; puis, lorsque je me levai le matin et que j'arrivai sur le palier qui conduisait de la cuisine à la cour, ma surprise de te voir auprès de quatre cerisiers qui étaient près du chevet de l'église, de te voir un fusil à la main en train de guetter des merles; puis, le lendemain, ta soirée avec le vieux Bibard et le père Charon, maître d'école et chantre; ma surprise de me trouver en face d'un pauvre être si disgracié de la nature; et tant d'autres choses qui étaient pour moi comme une vie nouvelle, mais qui demanderaient bien des pages si je voulais seulement les relater; la pauvre vieille Marie, la tante Amélie, et toi planant sur tous avec une bonté quelquefois majestueuse, d'autres fois bon enfant. Je n'ai rien oublié de ces impressions d'enfance, et j'y pense souvent. »

Pendant les mois passés dans ce petit village délicieux de simplicité, au milieu d'une campagne douce et fraîche, aux calmes horizons de basses collines verdoyantes, arrosée de rivières sinueuses coulant à travers les prés et les bois, avec tranquillité, et toujours claires, le jeune artiste prit le goût profond de la nature, qu'il a gardé. Il se laissait aller à de longues rêveries poétiques, au cours desquelles il engrangeait, dans son imagination, les sensations intenses que lui faisaient éprouver les spectacles de beauté champêtre qu'il avait sous les yeux, et qui, chaque jour, variaient. Aujourd'hui, encore, c'est avec attendrissement qu'il se souvient de ses contemplations solitaires devant les couchers du soleil dans les brunies dorées de la Gironde, des prome-

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