‹ W. BouguereauChapitre 3 sur 58 · MORTAGNE · texte numérisé non relu

MORTAGNE

nades d'études que lui faisait faire son oncle dans les églises et les châteaux environnants, et dont il reçut la passion des excursions de vacances consacrées au même but dans la pittoresque région. Il n'est pas d'archéologue professionnel qui pourrait en remontrer au peintre sur les origines et les développements de l'architecture civile et de l'architecture religieuse dans l'Aunis, la Saintonge, l'Angoumois et le Poitou; qui connaisse mieux les monuments caractéristiques qu'ils possèdent. Dans ce presbytère à la bibliothèque modeste, les premières lectures du jeune artiste furent la Vie des Saints, le Nouveau et l'Ancien Testament. Il s'en allait, à l'ombre des haies, dans les prés, se délecter des histoires id\Iliques de Rébecca, de Ruth et de Uooz, des légendes de bergères préservant les cités des invasions, des miracles de roses fleurissant dans les tabliers de reines charitables, et il rêvait de mettre, un jour, tout cela en peintures sur les murs des églises.

Le brave curé de campagne, qui, sans doute, avait fort oublié ses classiques, dans l'exercice de ses fonctions rurales, envoya bientôt son neveu au collège de Pons, dirigé par un piètre éminent, M. Boudinet, mort depuis évèque d'Amiens, et qui avait porté cet établissement d'instruction à un haut degré de prospérité: il ne comptait pas moins de trois cents élèves. W. Rouguereau reçut là ses premières leçons de dessin d'un professeur, M. Sage, qui avait étudié dans l'atelier d'Ingres. Une tante paternelle, de La Rochelle, avait pieusement recueilli les premiers essais du jeune artiste : des compositions qui, dans leur naïveté enfantine, révélaient une grande diversité de spécialisations; il y a là des trois-màts aux carènes et aux voilures fantastiques, des cathédrales d'une architecture piranésique, des paysages aux tons les plus audacieux. En envoyant à sa tante ces produits de son imagination artistique, le petit collégien lui mande joyeusement qu'il est dans sa classe le huitième sur trente élèves, et qu'il mord au latin avec plaisir. Alors, il s'initie à l'antiquité païenne. On lui fait lire la mythologie, les Fables, Ovide et Virgile. Tout cela l'enchante, le ravit, lui ouvre des horizons nouveaux de grâce et de poésie, qu'il explore délicieusement, avec une curiosité jamais lassée, toujours plus vive. Le séjour au collège de Pons devait être de courte durée. A peine

W. BOUGUEKKAI

installé à Bordeaux, son père le fit venir auprès de lui pour l'aider, comme petit commis, dans le commerce nouveau cpi'il entreprenait. Marionneau, l'historiographe de l'art bordelais, a écrit cette page de souvenirs d'enfance sur l'épisode commercial de la vie de W. Bouguereau :

« En i83o. au numéro 20 de la rue Neuve,

existait l'ancienne maison Avigdor de Nice, puis

Elisée Robat, dont le commerce spécial était les

huiles d'olive. C'est là que, vers i84i, vint se

fixer un négociant de La Rochelle, qui continua les

affaires de ses prédécesseurs. Parmi le personnel de

cette maison se trouvait son fils, un blond petit

garçonnet, de seize ans à peine, juché dans un

de ces comptoirs en bois établis dans le fond du

magasin, comme on en voit encore dans la vieille

rue Rousselle, et griffonnant sur les marges des

factures commerciales des croquis de paysages et

des bonshommes. Le goût de ce jeune homme

était indéniable; mais ce n'étaient alors que des

essais informes, sur lesquels il eût été téméraire

de fonder des espérances sérieuses. Le père du

jeune commis, bon comme j'aime à me persuader

tous les pères, sans vouloir contrarier les dispositions naturelles de son

fils, n'entrevoyait pas, dans ces enfantines démonstrations artistiques,

des témoignages dignes d'un sérieux intérêt, et ne voyait pas surtout

un avenir assuré pour l'héritier de son nom. Ici, bien obligé malgré

moi d'entrer en scène, je tiens à rappeler une parole qui me fut

adressée et qui n'a pas- été prophétique heureusement. C'était par

hasard dans la rue Neuve, à quelques pas du magasin déjà désigné.

« Mon fils manifeste des goûts incontestables pour le dessin; il voudrait

« entier à l'Ecole municipale; et, à ce sujet, quelles sont les démarches

0 nécessaires? Mais il est bien entendu que je ne veux pas en faire un

« peintre, parce que cela ne mène à rien. » Ma réponse fut des plus

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