ETUDE POUR LA DECORATION' DE LA CATHEDRALE DE LA ROCHELLE
Mère, le Nid, la Convoitise, les Premières Caresses, etc., pourraient être dénommées avec exactitude Sainte famille, Vierge à l'Enfant Jésus, etc.
\V. 1S01 GUEREAU
Dans l'œuvre religieux de Bouguereau, un type spécial de madone domine, celui d'une femme grave et mélancolique, aux grands yeux baissés, ou perdus < ht ii s le vague d'une mystérieuse contemplation, le corps enveloppé de vêtements flottants, aux i>lis sévères, la tête couverte d'un voile ('pais qui ue laisse rien voir de la chevelure, el dont les pans enroulés cachent la poitrine et les seins: niais, dans la plupart des compositions où ce type figure, l'artiste a oppose'- à celte mélancolie la joie «les visages souriants d'anges, aux chevelures d'or tombant sur les épaules, \ètns de robes d'azur et de rose, qui caressent de leurs regards attendris, des harmonies d'une musique ct'leste. l'Enfant Jésus, endormi on éveillé.
Par les figures séraphiques dont il a empli ses tableaux religieux, figures, à cette heure, aussi fraîches, aussi délicates qu'aux premiers joins, il semble que AN . Bouguereau soit en notre temps une sorte de Fra \ngelico laïque, vivant dans une retraite profonde, impénétrable aux prosaïques agitations du monde, abritée des brutales réalités, et dont la calme solitude laisse s'épanouir librement une imaginai ion. candide et naïve, dans une atmosphère de doux mysticisme, où tout est clarté, tendresse et félicité.
Si l'on étudie, dans leur ensemble, les peintures exécutées par W. Bouguereau pour les édifices civils et les hôtels privés, l'impression générale qui s'en dégage est celle d'un œuvre décoratif tout de simplicité et de clarté, d'aisance et de joie dans le but et clans les moyens. Il en a puisé l'inspiration à Pompéi, qui, pour l'idéal profane, lui fut ce que lui avaient été, pour l'idéal religieux, Assise, Ravenne et Padoue. Quand il mit le pied sur cette vieille terre de Campanie, terre toujours bénie des Dieux, que réchauffent et fécondent un soleil et un volcan éternels, où tout est azur : le ciel, les montagnes, et la mer qui parfois prend au midi une couleur de violette; où une claire lumière, mêlée à une brise parfumée, fait frissonner les pins parasols, les figuiers d'Afrique et les orangers, et dont les jardins fleuris de roses ont des colonnes de porphyre et des statues de marbre blanc ; quand il pénétra dans l'enceinte de la ville morte où chaque pierre évoque un passé de grâce et de volupté qui semble d'hier; quelles durent être les sensations du jeune artiste, passionnément amoureux d'art, à l'imagination fraîche et naïve, on se l'imagine aisément : Une surprise et un enchantement des yeux et de l'esprit.
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Pendanl plusieurs semaines, il copia toutes le^ peintures fameuses, où les décorateurs, s'inspirant, avec liberté, d'Ovide, de Properce, de Catulle el de Pétrone, onl représenté joyeusemenl les amours dos dieux, les Fables galantes, el dos idylles; il dessina les gracieuses arabesques <lo fleurs entrelacées qui courent le long dos corniches, les fantastiques architectures qui ouvrent, sur les parois, des horizons infinis. Et, la main fatiguée, il se promenait, avec nnissement. dans les rues, sur le Forum, dans les temples, au théâtre, que son rêvepeuplail de figures vivantes, pleines de grâce, d'élégance el de beauté. Le peintre \it là combien on peut donnera une femme, jeune et helle.de façons pittoresques et séduisantes de se tenir debout, de s'appuyer contre une colonne, de s'adosser à un arbre, de se baisser, de s'agenouiller, de se draper, de laisser flotter ses vêtements, d'avancer la jambe, de lever le bras, de montrer le sein, etc.; comment on peut faire plaisir aux yeux par des lui nies, par des lignes et par la couleur, émouvoir, attendrir par la grâce de la démarche, par la noblesse de l'attitude, par un sourire, par un regard. Il prit là le goût et la science de ces sujets allégoriques qui ont été i raiies à l'aurore de l'art, et qui le seront encore à son déclin, parce qu'ils reproduisent ce qui est éternel : l'Amour. la Beauté, les Saisons. les Mois, les Jours, les Meures, etc. Il s'initia aux secrets de ces arrangements ingénieux et simples, qu'une imagination féconde peut tellement \ arier qu'ils en apparaissent toujours originaux. Et, l'impression éprouvée par le jeune artiste à ce spectacle merveilleux de la résurrection de l'art antique, à cette révélation nouvelle de la beauté et de la grâce, l'ut si intense, si profonde, que ses premières décorations murales, celles des hôtels Bartholoni, sont directement inspirées, connue idéal et comme composition, des peintures de la Maison de Cicéron. de la Maison de Castor et Pollux, qui montrent sur un fond noir de muraille des bacchantes et des danseuses, dans des vêlements légers de gaze laissant voir à nu ou transparaître leurs chairs pétries de lis et de roses. \près avoir aperçu ces élégantes el fines décorations, un statuaire éminent, raconte Edmond \houl, pouvait dire fort justement à ses élèves : « Vous ne connaisse/ pas Pompéi? Ulez voir l'atelier de W. Bouguereau ». Mais. si. à ses débuts, le jeune peintre s'était habilement approprié
L ADORATION DES MAGES (Eglise Saint-Vincent-dc-Paul. à Paris.)
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l'art décoratif des anciens, sa conscience et son désir de personnalité l'en avaient immédiatement émancipé, pour la conception des sujets, et pour leur exécution. Dans la décoration de la villa d'Angoulins, il avait choisi, comme thème de la composition centrale, « Les Heures du Jour ».Ce thème a été traité à Pompéi. Hardiment, partant d'une autre idée, également pittoresque et originale, W. Bouguereau a pensé que des enfants, insouciants, fragiles et légers, allégoriseraient, mieux encore que des femmes,
ces entités abstraites, quine vivent que quelques minutes, et disparaissent dans le changement du milieu qui leur donnait leur forme et leur caractère : Midi, Minuit, le Matin et le Soir; l'Heure éclatante, l'Heure mystérieuse, l'Heure rose et l'Heure brune. « Sur un ciel vague, dans un tourbillon de draperies changeantes, écrivait Théophile Gautier, les bras enlacés, les mains nouées, la ronde tourne avec le jour, accomplissant son éternelle révolution. Midi, nu, blanc, éblouissant, la tète couronnée de pointes sidérales, figurant les rayons du soleil, occupe le milieu du bracelet vivant, qu'il ferme comme une boucle d'or; il se rattache à deux enfants, l'un blond et coiffé de roses, l'autre basané et les cheveux enroulés de volubilis, qui eux-mêmes donnent la main à une petite Nuit vaporeuse, bleuâtre, montrant à peine son profil perdu, mais tacitement reconnaissable quand elle n'aurait ni croissant ni pavot. » Cette description
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donne l'analyse exacte de l'allégorie et du symbolisme de W. IBoueruereau, toujours cherchés et réalisés dans l'expression la plus précise el la plus caractéristique des figures, facilement reconnaissables pour toutes
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les intelligences el toutes les imaginations. Simplement peintre, W . Bouguereau compare I idée artistique à Minerve qui sortit tout armée du cerveau de Jupiter; elle doit toujours apparaître personnelle, complète e1 définitive. Vussi n'embarrasse-t-il jamais ses allégories d'accessoires, d emblèmes, ni d attributs, quincaillerie et friperie inutiles pour qui sait le-, rendre éloquentes el caractéristiques par leur seule grâce el par leur
seule beauté. Ce n'est pas une des moindres surprises qu'on éprouve, devant ces premières peintures décoratives, de constater combien, à l'âge où bouillonnent les pensées et les rêves, où l'imagination est capricieuse,