‹ W. BouguereauChapitre 31 sur 58 · SIMPLICITE ET UNITE DE VIE · texte numérisé non relu

SIMPLICITE ET UNITE DE VIE

Tour de la Lanterne et du Port. D'un angle du jardin, qui mesure deux cents pieds carrés, peut-être, il a fait son atelier de plein air, et d'une orangerie son atelier couvert. Dès six heures du matin, qu'il pleuve, vente, bruine ou ensoleille, escorté de ses trois chiens et d'un domestique, il fait une promenade de deux heures dans les champs ou au bord de la mer. Il rentre, prend une tasse de thé, et se met au travail. A onze heures, a lieu le déjeuner de famille; à une heure, la séance de modèle est reprise, poursuivie, jusqu'à six heures, avec de très courts repos. Alors le peintre prend sa canne rustique, son chapeau de feutre mou, et s'en va, la cigarette aux lèvres, faire bourgeoisement le tour du Port, et voir le soleil se coucher sur l'Océan: son spectacle préféré, un des plus beaux, en effet, qui puissent être admirés, sur cette côte, par le paysage pittoresque qui l'encadre, et par l'horizon d'îles aux silhouettes de fonds de féerie, que lui donnent Oloron et Ré. Quand les horloges de la ville tintent sept heures, il rentre pour dîner; et, à dix heures, sonne le couvre-feu. Le dimanche, dès l'aurore, le maître part en voiture, avec sa femme, et va rejoindre, dans un village des environs, un vieil ami d'enfance, un architecte, pour excursionner dans la campagne, et, au temps de la chasse, pour tirer, à son aveu, « quelques cailles hypothétiques ou de rarissimes lapins ». Le travail est l'unique passion de l'artiste; c'est toute sa vie. Le jour où il ne pourra plus tenir un pinceau ou un eravon, il mourra, car il n'aura, dit-il, aucune raison de vivre. Il répondait à un ami qui l'avait invité à une villégiature champêtre : « Vous désirez savoir pour quelle cause je ne veux pas accepter votre bonne invitation ; j'aime cependant la campagne, vous le savez; mais il est une chose que j'aime plus encore: la peinture, qui ne me laisse ni trêve ni repos. Et, ne me sentant pas fatigué, j'en profite. Cette année (1860) surtout, je suis occupé et préoccupé, j'entrevois un grand progrès, la couleur ! Aussi, chaque jour, je me rends plein d'ardeur à mon atelier; et, le soir, quand la journée cesse faute de jour, il me tarde que le lendemain arrive. Si vous saviez cpiel intérêt pour moi et quel espoir! J'ai toujours aimé le travail, c'est proverbial auprès des amis; mais à présent plus que jamais j'ai soif de produire. Ce serait une si belle chose de ne pas

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mourir tout entier! Soyez, donc assez aimable pour m'excuser cette lois encore, et croyez à mon entière affection. » Dans toute sa corres-

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pondance avec ses parents et avec ses amis, la même préoccupation du travail incessant se manifeste, en toute et sincère simplicité. Du château de Loo où il est l'hôte, pour quelques jours, du roi de Hollande

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