‹ W. BouguereauChapitre 6 sur 58 · PREMIERES ANNEES DE PARIS · texte numérisé non relu

PREMIERES ANNEES DE PARIS

Le 8 avril i8zjG, il était admis à l'École royale des Beaux-Arts, le quatrevingt-dix-neuvième sur cent. Cette cote infime était de pur hasard; dès le lendemain, à l'étonnement de ses camarades, il gagnait les premières places; et, en iH'jH, il obtenait le second Grand Prix de Home. Sa situa-

DESSIN EXÉCUTÉ A L ÉCOLE ROYALE DES BEAUX-ARTS, EN iS'iJ

tion financière s'était un peu améliorée ; à partir du jour de son entrée à l'Ecole des Beaux-Arts, le Conseil municipal de La Rochelle et le Conseil général de la Charente-Inférieure lui avaient alloué une pension de six cents francs. Le jeune peintre en profite pour étudier plus encore. II est désormais tout entier à son art, à sa peinture; il s'y consacre corps et âme. La piété filiale m'a permis de prendre connaissance d'un mémorial écrit, pendant cette période, par W. Bouguereau, et dans les pages duquel se reflète clairement sa vie d'étudiant. Il y a là, tour à tour, au

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hasard de la plume, des confidences intimes exquises, des réflexions philosophiques el sociales piquantes dans leur délicate naïveté, des observations techniques ingénieuses et originales.

En guise de préface, I artiste, à la date du ■>. > mars iSjN, inscrit les raisons qui lui en ont suggéré l'idée :

« Le besoin d'apprendre à écrire me (ait commencer ce mémorial. Je compte \ trouver une autre utilité: la vie des artistes étant une vie d'observation, et la mémoire faisant bien souvent défaut, je regarde comme de première utilité le moyen qui me rappellera des faits et des impressions oubliés. Il me tiendra aussi compagnie, me distraira dans ma solitude; car, après avoir travaille'' la peinture pendant longtemps, et, lorsque la fatigue, le peu de succès, me dégoûteront, pour me calmer un peu, je jetterai sur le papier mes tristes impressions. »

Il visite les monuments fameux de Paris, les palais et les églises, pour étudier l'architecture et la décoration. Les incidents de cette étude lui inspirent ces lignes : « La nature est réellement le seul grand maître; tout v est réuni, couleur, dessin, caractère, composition, etc. Lest (pie le maître des maîtres s'y montre partout; rien n'est négligé, rien n'est inutile, tout porte le cachet de la puissance infinie. Aussi. je nie traînerai sur la route qui m'est ouverte, en agrandissant mes idées pour les mettre un peu plus à la hauteur de mon modèle. La vue de la foule rassemblée à l'église m'a fourni ces réflexions. Quelle diversité de caractères, d'expressions, et cependant que d'ensemble! »

Lhi peu plus loin, à cette même date, et à celles du a5 mars et du 2(S avril, il se donne à lui-même ces judicieux et virils conseils : « Avant de commencer à travailler, pénètre-toi de ton sujet; si tu ne le comprends pas, cherche ou lais autre chose. Souviens-toi (pie tout doit être pensé d'abord, mais tout, jusqu'aux plus petites choses; alors, songe au dessin, a la couleur, à l'arrangement; ne travaille pas sans penser a tout cela également, car la nature, ton seul vrai maître, n'a rien oublie-'. .Ne l'écarle jamais de ces principes, et lu ne feras

pas un peintre médiocre Le caractère est dans la vérité'' très bien

comprise. La rechercher finement et largement!... Diverses causes m'ont amené à penser avec justesse (pie l'artiste doit trouver en lui-

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