LE MEMORIAL DU JEUNE ARTISTE
même tout ce qui regarde la composition, l'arrangement, qu'il doit s'inspirer de la nature, sans cependant compter sur elle; car souvent on ne trouve que le lendemain ce dont on aurait eu besoin la veille. » Cette théorie de la personnalité et de l'autonomie artistiques, esquissée par l'élève de l'Ecole des Beaux-Arts, le maître la développera plus tard, dans son enseignement à la même école, et la prêchera d'exemple pendant toute sa vie.
Le besoin, la passion de savoir et d'apprendre toujours de plus en plus, se manifestent à chaque page de ce mémorial, avec une expression singulière de ténacité et d'énergie. « Tous les moments de la vie, écrit le jeune artiste, à la date du 28 avril et à celle du 9 mai, doivent être employés à l'étude. Ayons toujours présente cette grande vérité! » Et ce ne sont point là des paroles en l'air, des fermes-propos illusoires; on peut lire, aux dates suivantes, ces notes précises sur l'emploi de son temps: Le 28 avril : « Le plus tôt qu'il me sera possible, j'étudierai l'architecture; c'est d un besoin essentiel; plus que jamais, j'en ressens le besoin. J'ai lu un élément de classification de l'architecture qui me guidera un peu dans mes recherches. Profiter de mes promenades pour étudier les différents monuments que je rencontrerai et en faire un résumé.... » Le 12 mai : « Aujourd'hui, j'ai étudié les coutumes des Romains et des Grecs; lanatomie comparée, le système de
Gall, précieuse découverte pour les peintres » Le 17 mai : « J'ai
travaillé : i° au costume des Grecs; n" au costume des Romains; 3° au Musée du Louvre; |° à l'Ecole des Beaux-Arts; 5° à l'anatomie.... » Le 422 mai : « Aujourd'hui, j'ai étudié le Voyage du jeune Anacharsis, la Vie de lord Byron, les coutumes des Romains, le dessin à l'École des Beaux-Arts, la physiologie, comprenant la digestion, la circulation et la respiration (que de magnificence et de fragilité!), un peu du docteur Gall, la ligature et la compression des artères et des veines — » Le 3o mai : « J'ai cherché aujourd'hui le style des Hébreux, je continuerai demain, puissé-je arriver à trouver! » L'ambition et la volonté du jeune artiste étaient, par les études les plus sévères, d'apprendre à fond la technique de la peinture, afin d'être en mesure de traiter habilement les dessus et les dessous de ses tableaux. Il fréquentait assidûment
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les amphithéâtres, ci \ disséquait le plus qu'il pouvait. « Mais, pendant assez longtemps, me déclarait-il un jour, je ne sa\ais pas exactement où j allais: jeu ('-tais indécis, inquiet, douloureusement nerveux, et je me tuais à dessiner. p Que de fois, en effet, sur les feuilles jaunies de ce
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mémorial, il termine ainsi le résumé de sa journée el de sa nuil de travail : « Je n \ vois plus clair, je tombe de sommeil. » Le lendemain matin, pour s'éveiller complètement, avec une sauvage énergie, il se versera sur la tète des carafes d'eau fraîche.
Tout en étudiant dans les livres, en cberchanl à se rendre maître de la théorie de son métier, \\ . Bouguereau ne néglige point les observations méthodiques sur tout ce qui l'entoure, sur les êtres et
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