‹ W. BouguereauChapitre 8 sur 58 · LE MÉMORIAL DU JEUNE ARTISTE · texte numérisé non relu

LE MÉMORIAL DU JEUNE ARTISTE

sur les choses, sur les phénomènes de la nature, etc. Il écrit, le 28 avril : « J'ai aussi à consigner une remarque sur les nuages. Les parties les plus légères occupant le haut, les nuages y seront toujours plus clairs, plus transparents ; quelquefois, par exemple, le bas est plus vif, comme dans un soleil couchant, mais ce n'est qu'un liséré doré, ce qui ne fait que confirmer la règle.. . » Le i \ mai : « J'ai remarqué dans ma promenade des baigneurs canal Saint-Martin), des penseurs, des causeurs, les uns couchés, d'autres debout (bois de > incennes . des effets de paysage, temps orageux.... J'ai aussi fait le plus de remarques possible sur les expressions et caractères des têtes que j'ai rencontrées. Que de beautés la nature étale à nos yeux! Et nous ne savons pas en profiter!... »

Il est intéressant de faire remarquer une particularité, raie dans un mémorial de jeune artiste : l'absence «le présomption et de fatuité, la conscience de la nécessité d'un labeur long, dur et opiniâtre. L'écrivain se fait fréquemment à lui-même, sur ce sujet, des aveux et des recommandations, d'une sincérité touchante, qui témoignent d'un caractère déjà solidement trempé, et d'une ardente volonté de progrès constants. Le 12 mai : « Qu'il me reste encore de choses à apprendre avant de pouvoir dire : Je commence à savoir. Heureux si les ('■tudes auxquelles je suis obligé de me livrer ne refroidissent pas mon imagination, si je puis encore avoir de l'exaltation lorsque je les aurai acquises; le besoin que j'en éprouve est bien pour moi une garantie, mais?... » Le i3 mai : « Quand viendra donc le jour où je pourrai faire quelque chose de digne d'un homme; malheureusement, que de choses à acquérir avant d'y arriver! Si maintenant je commence à pouvoir exprimer mes idées avec les pinceaux, il faut que j'en cherche les occasions, les lectures cpii peuvent en donner. 11 faut..., mais non, attendons encore, finissons un peu plus les études arides et sèches, pour qu'un petit détail ne vienne nous embarrasser. J'ai cependant bien le désir de produire. Mon Dieu, dirigez mes pas, car plus j'avance, plus je vois la j^etitesse de l'homme, et mon àme est indécise. Je désire les émotions, et cependant il est préférable qu'il n'en soit pas ainsi, les études

demandent le calme et la réflexion ; et je suis encore écolier : j'ai cepen-

danl vingt-deux ans! i \ la date du >.'\ août, il se contente d'inscrire cette plaisante boutade : « Je suis un âne »: qu'il complète le lendemain par la réflexion suivante, pleine de saine humilité, inspirée par les sentiments religieux el par la conscience de sa valeur future s il persévère dans le travail el dans la foi artistique : « Qu'écrirai-je aujourd'hui? Rien; si ce n'est que je sais bien peu et que je ne suis rien. » Et le mémorial se clôt sur cette confession naïve. Ce document présente, au point de \ne de la genèse de l'œuvre de W. Bouguereau, un grand intérêt. Joutes les idées qui l'ont guidé moralement et socialement, pendant sa \ ie. tons les principes qui lui ont dicté sa méthode décomposition, ses procédés de travail, v sont en germe: et, ce germe, (pie de nouvelles études, sévères et profondes, comme on le verra pins loin, vont féconder, éclora bientôt avec vigueur, et produira de belles (leurs et de bons fruits.

En [85o, \\ . Bouguereau obtenait le second Grand Prix de Rome,

et était nommé pensionnaire de la \illa Médicis, en même temps que

Paul Baudry, le lauréat du concours, lui iS|S. l'Académie des Beaux-

\ils n'avait pas accordé de premier Grand Prix: une pension se

trouvait disponible; elle fut attribuée au jeune peintre rochellois.

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