SIEGFRIED. — DEUXIÈME AUDITION
55. — La polyphonie wagnérienne qui n'existait pas avant Wagner, dont il est -l'inventeur, le créateur, et à laquelle je donne ajuste titre son nom, apparaît pour la première fois dans Tristan et Yseult, Munich, 1865 : on ne Ty entend guère qu'au 3® acte. Au contraire, dans les Maîtres chanteurs, 1868, Munich, elle déborde, elle devient presque encombrante.
Le maître, à la vision, à l'audition de ce nouveau monde, abuse un peu de sa science, je sens l'effort, la recherche, la volonté: de là cependant la supériorité de la Walkyrie, la
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première journée de ï Anneau des Nibelungeny avec sa soirée préparatoire du Rheingold. 11 m'importe peu que Ton attribue à Siegfried la date de 1869 à Munich, où l'on m'assure que l'orchestration a été terminée. Je préfère toujours les dates des représentations, seules elles sont fixes et certaines. Combien de fois, après que j'ai donné mon bon à tirer, ne me suis-je pas levé de nuit pour envoyer chez M. Chamerot une phrase à effet, un adjectif, une virgule! Je me persuade que tout amant de son œuvre en fait autant et que, de l'année 1869 à l'année 1876, Wagner a remanié plus d'une mesure, plus d'une note de sa partition, plus d'un vers de son poètne.
J'inscris donc Siegfried en sa troisième et dernière manière, celle de Bayreuth, qui dépasse toutes les autres, la Bavière et la Saxe, puisque le propre de ce génie c'est qu'il a toujours grandi et que sur sa couche mortuaire il aurait pu dire encore: Quo non ascendant?