‹ Wagner à Munich, Francfort, NiceChapitre 23 sur 28 · Paies · texte numérisé non relu

Paies

Pour moi Paies encore a des asiles verts,

Les amours des baisers, les Muses des concerts.

Pales m'a ouvert ses asiles bien jeune encore, et l'amour, sinon ses caresses, du moins

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ses visions et ses leurres. Mais il s'agit de Munich et de Bayreuth. J'ai dit : Tâme d'un saint, l'âme d'un héros, l'âme de la nature, et après avoir résisté à ce troisième et dernier terme, voici que j'y défère et que je succombe. Aussi bien, dans cette longue existence, n'est-ce point une nouveauté, mais une réapparition et un retour.

On connaît assez mon système de l'art :

nature, architecture, sculpture, peinture, musique, poésie, féminité. J'ai commencé avec la .grande mère nature; je la retrouve et je m'en vais finir dans ses bras, sur son cœur.

J'avais dix ans à Herse en 1831, et tout de suite, dans ce grand et beau parc, — un domaine princier que j'avais rencontré à mes origines et que je ne devais retrouver qu'en mon déclin et sur le seuil, — je m'étais créé trois ou quatre retraites de prédilection :

enfant pâle et rêveur, c'était une allée secrète de tilleuls, un pont de pierre avec son parapet sur lequel je m'asseyais, qui dominait la

rivière de la Vesgre; tout à l'extrémité, en arrière d'une île sur une pièce d'eau, raon bateau à l'abri des grands arbres. Et là, je pensais, j'admirais, j'aimais : quoi? L'eau, les arbres, le néant, la chimère.

Voici que d'une manière inattendue tout cela m'est réapparu avec Wagner, avec son génie de panthéisme matérialiste comme Lucrèce et Spinoza, et avec Wagner, avec les filles du Rhin, les Walkyries, les Nomes, sont arrivées aussi, leur donnant la main, les Océanides, les Dryades, toutes les nymphes de cette naïve et profonde mythologie de la Grèce, qui évoquaient aussi la fille de Jephté, Déborah, la Sulamite et Sakountala.

77. — Elles habitent toutes ensemble ces beaux jardins dignes d'elles, que j'ai créés entre la mer et les Alpes, avec ces Propylées et ce temple de Délos ou de Tibur, et je suis ressaisi en ma vieillesse des sympathies, des effiisions et des tendresses de mon enfance inconsciente, ignorée.

Mais il y a quelque chose de plus, je m'attache et je me sépare. Plus je vous aime, mes arbres, mes fleurs, mes eaux murmurantes, mes prairies, et plus, au lieu de m'affaiblir, je me fortifie dans mon sacrifice. Adieu, je vous pleure, je vous pleurerai; mais il le faut, je le veux. Êtres adorés, que comptez-vous lorsque je pense aux humbles, aux petits, à ceux qui pleurent, et comme je l'écrivais dès cette mansarde de la rue Las-Cases : « A l'enfant qui demande du pain et à sa mère qui ne peut pas lui en donner. »

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