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Art et Religion

WAliNER ET LE DRAME 123

perfection du temps passé contribue beaucoup plus que le pressentiment de l'ordre futur: tout est à l'empreinte du philosophe romantique, du poète idéaliste, comme Gœthe les vit naître, sans grande sympathie; épris à la fois de la révolution sociale et du moyen âge ; du peuple et de la chevalerie chrétienne ; du Saint-Empire germanique et de l'avenir. 11 est curieux que ces rêveries aient aidé à la création de l'Allemagne impériale ; Bismarck lui-même n'en a peut-être pas toujours été indemne ; et beaucoup d'Allemands voient encore dans les HohenzoUern les héritiers de Barberousse.

Wagner est un redoutable théoricien (i). S'il faut l'en croire, il s'ennuyait à l'excès de faire ses théories. Il les faisait toutefois, et n'a pas cessé un jour d'en faire. C'est donc que, tout en les ayant à charge, il s'y plaisait aussi. Elles. répondent à un besoin de sa nature. Elles lui ont servi d'avant-garde ; et il a essayé sa force en elles. Depuis son âge de vingt-cinq ans, quand il était chef d'orchestre à Riga, jusqu'à sa mort, il a bâti des systèmes. 11 s'est expliqué son œuvre et sa mission, à lui-même et aux autres. L'orgueil ou le besoin de construire un système d'art a compensé l'ennui de la besogne. Tous les dix ans il y ajoutait un étage. La soif de vaincre et d'avoir raison y était pour beaucoup ; mais aussi à l'ordinaire des grands esprits, l'amour de la perfection.

On élève un système par désir d'être parfait, de ne point négliger ce qui importe, même si l'on y incline peu ; et pour donner cette perfection à connaître : car on ne se flatte guère de la créer

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