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Quant à l'union des arts, comme il la voit sur la scène grecque, elle est fort arbitraire dans l'hypothèse de Wagner. Lorsqu'il croit, par exemple, trouver le terme de la plastique dans la pantomime, il confond les époques; et quand il observe que Tarchitecture elle-même concourt à la tragédie, il renverse les proportions de cet art : en effet, l'architecture en est la base bien plus que la musique.
Wagner admet, d'ailleurs, que Shakespeare a produit des œuvres si vastes, si puissantes, si riches en humanité, qu'on peut les regarder comme des merveilles naturelles. 11 fait, pourtant, ensuite, une critique de Shakespeare telle, que Shakespeare n'eût pas été Shakespeare si son art avait jamais mérité de tels reproches : car il serait sans émotion. Ou plutôt, il faut reconnaître là-dessus que Shakespeare et Wagner ne peuvent être ensemble des poètes tragiques; et si Wagner a vraiment fiiit des drames, Shakespeare n'en a pas su faire. La pensée de Wagner est qu'il n'y a qu'un seul drame véritable : le sien.
Wagner établit donc sa théorie du drame sur une théorie générale de l'art. En quoi il procède tout à fait en philosophe. Et même sa théorie de l'art implique une théorie de la connaissance.
Selon Wagner, il n'y a que trois arts d'ordre purement humain : la danse, la musique et la poésie. La véritable œuvre d'art ne peut se produire que par le concours des trois arts. Car elle doit être complète. C'est l'œuvre d'art de l'avenir. Cette œuvre est un drame, où la raison et l'intuition, les idées et les sentiments sont unis au geste, qui est fait pour les traduire.
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Wagner suppose que le langage, et par conséquent la poésie, ne touche pas le sens de l'ouïe; par là encore, la poésie ne pénètre pas l'homme intérieur, ne rencontre pas l'intuition, cette vue unique de l'âme. La musique seule le peut, dit Wagner. Là. sa puissance incomparable.
Le poète musicien est seul en possession de faire un drame, qui intéresse tout l'homme et le prenne tout entier, cœur, pensée et entendement. Le poète pénètre l'entendement par le verbe. Le spectacle s'empare des sens et de l'homme charnel. La musique va par l'ouie à l'intuition même, et elle suscite dans le cœur la présence de tout le monde intérieur de l'homme, visible au cœur seulement, et qui. sans la musique, est inconnu: car. sans elle, il est inexprimable.
Wagner prétend que le poète musicien peut produire l'unité du poème, de la musique et du spectacle. Une telle unité est nécessaire à toute œuvre d'art : combien plus à celle qui unitie l'art en elle? — Les éléments divers de cette œuvre ne peuvent jamais être ajoutés les uns aux autres, ni rapprochés par un travail d'ouvrier, si parfait qu'on le suppose. Il leur faut naître tous ensemble, en quelque sorte, de l'intuition. Ils ne peuvent sortir, divers entre eux et pourtant intimes, que du sein de la musique. La musique est la mère de cet art.
L'entendement et l'émotion ne communiquent que par l'imagination, selon une psychologie fort métaphysique, et chère aux Allemands. La musique révèle le monde invisible de l'intuition. La poésie est la reine de l'imagination. La musique est la reine de l'émotion. Tous les objets d'imagination que l'émotion suscite, la poésie les définit à la musique, qui les lui offre. II faut donc que le poème sor'e de la musique. 11 faut même qu'il y
soit conçu. L'objet, qui est la figure de rimagination. doit naître de l'émotion du sujet. — qui est la musique. /
Telle est. en son fond, la théorie de Wagner. Admirable en système, elle ne répond pas à la nature du drame.. Elle n'est pas faite pour lui, mais pour qu'il soit fait pour elle. Tout y est conçu à l'état statique, où le musicien se trouve naturellement placé, je l'ai dit. Rien ne diffère plus de l'action, et de la puissance objective qui crée les héros. C'est le héros qui fait tout le drame. La volonté est l'essence du héros. Et la volonté du héros, dans le drame, est une action. Il serait sans fm de prendre une à une toutes les parties du système, dont pas une. peut-être, n'est à l'abri d'une analyse exacte. Le seul résultat serait d'élever un système contre un système. Quoi de plus vain, puisque les œuvres seules comptent, et que c'est d'elles que le système emprunte tout son prix. — quand il en a un?
La première conséquence, toutefois, de la théorie de Wagner, ou plutôt de son exemple, c'est qu'on ne peut l'imiter, à moins d'être tout ensemble poète et musicien. Et ce fiùi seul montre combien ceux qui l'imitent le trahissent, se trahissent avec lui et sont éloignés de l'entendre.
Enfin, le cœur est le tout du musicien, s'il ne l'est pas de l'artiste. L'ordre de la charité est celui de la musique. L'écriture passe : un peu de temps s'écoule, et la plus habile n'est qu'un grimoire. Ce qui vient de l'âme va à l'âme et demeure. La musique, cette femme, veut un cœur qui aime. L'imagination seule ne sutifltpas. Point de musique sans amour.
L'imagination est la reine des esprits. Mais il ne faut pas
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s'attendre à ce qu'elle les émeuve. Elle n"y réussit que par des rencontres peu ordinaires, dont le cœur prépare mystérieusement la voie, même quand il y efface ses traces. 11 est prudent de ne point demander aux musiciens les démarches secrètes, où se retrouvent seuls les plus rares poètes. Pour eux, le plus sûr est qu'ils aient du coeur. Le monde de l'émotion est celui de l'amour. Depuis les fureurs de la haine et de la colère, jusqu'aux éclats de rire et jusqu'aux rythmes de la joie, l'ordre du cœur est celui de toutes les émotions. C'est là qu'elles se renouvellent. Et toute musique, comme toute émotion, y reconnaît sa source, et qu'au fond elle est amoureuse.