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I. IV

WAGNER ET LE DRAME l6l

outre, presque toujours, tous les motifs d'une même œuvre dépendent, au fond, d'un motif capital, ou de deux. C'est au point que tous les autres n'en semblent être que des variations de plus en plus éloignées, altérées, agrandies ou subtiles (i). De là, l'étonnante unité de ces œuvres, et la faculté unique de ces motifs à se combiner les uns avec les autres. 11 est évident que pas un musicien, depuis Wagner, n'a saisi cette loi. L'unité leur manque le plus; tous s'appliquent, au contraire, à décrire un caractère, un acte, un événement ou même un objet, à l'aide d'un motif. Ils se trouvent donc forcés, ou de prodiguer les thèmes: ou il leur faut les rendre aussi reconnaissables, et aussi significatifs, à la lettre, que possible. Par suite, si les motifs sont en grand nombre, ils perdent toute valeur sentimentale, et répugnent à se combiner; s'ils sont peu, ils se présentent sous la forme d'une mélodie complète, qui ne se peut plus développer (2) : dans les deux cas, l'usage des thèmes en leitmotiv va contre le sentiment et la pensée de Wagner même.

Dans Wagner, le motif est un élément organique du caractère, dans l'espace, et de la symphonie entière dans le temps; il est fait, uniquement, pour se développer; c'est sa destination de nature. Ailleurs, il sert uniquement de moyen mécanique, et d'élément formel; aussi ne se développe-t-il jamais. Dans Wagner, il exprime la vie du sentiment (^): ailleurs, le jeu du

1. Nulle part, cette puissance de varier un thème fondamental n'est plus claire aux yeux, ni peut-être plus abondante que dans Les Maitres Clunteurs

2. Il ne leur re.-te qu'à moduler sans fin, sans rime ni raison, ou à se répéter.

3. On peut faire le mime parallèle entre un ordre grec de colonnes et un ordre de Vignole. Comparez en la vie. quant au sentiment et à l'àme. ici et là, du chapiteau.

spectacle, ou tout nu plus le geste. Dans Wagner, il révèle le dedans; ailleurs, il limite tout aux apparences. Ici, le métier et l'auteur; là, le monde intérieur et l'intérêt de l'âme; dans Wagner, expression passionnée de l'art: procédé, ailleurs. Car enfin, ni tous les hommes, ni tous les musiciens ne naissent avec une vue miraculeuse sur le monde caché, sur l'élément inconscient de l'âme, ni avec les dons d'une analyse à qui rien n'échappe. Que sont-ils, sinon le propre du plus rare génie? — Même quand on l'admire, on l'ignore communément.

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